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DIVISIONS PARMI LES PREMIERS CHRETIENS – Partie 2

Voyons, maintenant, sous quel jour la Révélation Divine de la Bible Juive était considérée par les Gnostiques, qui croyaient encore au Christ à leur manière, laquelle, certes, était meilleure et moins blasphématoire que celle de l’Eglise Catholique Romaine. Les Pères ont imposé aux partisans du Christ une Bible dont il fut lui-même le premier à enfreindre les lois ; dont il rejetait l’enseignement de fond en comble ; crimes pour lesquels il fut finalement crucifié. Si le monde chrétien peut se vanter de quelque chose, ce n’est certes pas d’avoir la logique et la stabilité comme vertus principales.

Le seul fait que Pierre() resta jusqu’à la fin « l’apôtre de la circoncision » parle par lui-même. Quel que soit celui qui édifia l’Eglise de Rome, ce ne fut certainement pas Pierre(). Si c’était le cas, les successeurs de cet apôtre devraient se soumettre à la circoncision, ne serait-ce que par esprit de suite, et comme preuve que les prétentions des Papes ne sont pas sans fondement. Le Dr Inman affirme qu’on dit que, « à notre époque chrétienne les Papes doivent être en particulier absolument parfaits (247) » ; mais nous ignorons si, pour cela, ils doivent se soumettre aux exigences de la Loi Lévitique juive. Les premiers quinze évêques chrétiens de Jérusalem, en commençant par Jacques() sans en excepter Judas(), étaient, tous, des Juifs circoncis (248).

Dans le Sepher Toldos Jeshu (249c), un manuscrit hébreu d’une haute antiquité, la version de Pierre() est toute différente. D’après lui, Simon Pierre() était un de leurs frères, bien qu’il se soit écarté, tant soi peu, de leurs lois, et la haine des Juifs et leur persécution de l’apôtre ne paraissent avoir existé que dans l’imagination féconde des Pères. L’auteur en parle avec grand respect et loyauté, affirmant qu’il était « un serviteur fidèle du Dieu vivant », passant sa vie dans l’austérité et la méditation, « habitant à Babylone, au sommet d’une tour », composant des hymnes et prêchant la charité. Il ajoute que Pierre() recommanda toujours aux Chrétiens de ne faire aucun tort aux Juifs ; mais, sitôt après sa mort, survint un autre prédicateur qui partit pour Rome et prétendit que Simon Pierre() avait changé l’enseignement de son maître. II inventa un enfer de flammes et en menaça tout le monde ; il promit des miracles, mais n’en fit point.

Combien ce qui précède contient-il de fiction et combien de vérité ? Nous laissons à d’autres le soin de l’apprécier ; mais il est certain que ce récit porte en lui plus de preuves de sincérité, que les fables inventées par les Pères de l’Eglise pour leur cause.

Nous serions d’autant plus poussés à faire crédit de cette amitié entre Pierre() et ses anciens co-religionnaires, que nous trouvons dans Theodoret l’affirmation suivante : « Les Nazaréens sont des Juifs, qui vénèrent l’OINT (Jésus) comme un homme juste et se servent de l’Evangile selon Pierre() (250c). » Pierre() était Nazaréen, suivant le Talmud. Il appartenait à la secte des Nazaréens de date plus récente, qui étaient en désaccord avec les partisans de Jean-Baptiste, et qui devint, par la suite, une secte rivale ; cette secte – suivant la tradition – fut instituée par Jésus lui-même.

L’histoire veut que les premières sectes chrétiennes aient été ou des Nazaréens, comme Jean-Baptiste ; ou des Ebionites, parmi lesquels se trouvaient de nombreux parents de Jésus ; ou alors des Esséniens (Iaessens) les Thérapeutes, guérisseurs, dont les Nazaréens formaient une branche. Ces sectes, qu’on ne commença à traiter d’hérétiques que depuis l’époque d’Irenee, étaient toutes, plus ou moins, cabalistiques. Elles croyaient à l’expulsion des démons au moyen d’incantations magiques, et mettaient cette méthode en pratique. Jervis applique aux Nabathéens et autres sectes similaires l’appellation de « exorciseurs errants Juifs (251) », le mot arabe Nabæ signifiant errer, et l’hébreu אבנ naba, prophétiser. Le Talmud appelle tous les chrétiens, sans distinction des Nozari (252). Toutes les sectes Gnostiques croyaient également à la magie. Irenee, en décrivant les partisans de Basilide, dit « qu’ils faisaient usage d’images, d’invocations et d’incantations, et toutes autres choses du domaine de la magie (253). » Sur l’autorité de Lightfoot, Dunlap démontre que Jésus était appelé Nazaraïos, à cause de son extérieur humble et pauvre ; « car nazaraïos signifie séparation, aliénation des autres hommes (254) »…

La véritable signification du terme nazar רזנ , est se vouer au service de Dieu. Comme substantif, c’est un diadème ou l’emblème de la consécration, une tête ainsi consacrée (255). On disait de Joseph() qu’il était un Nazar (256). « Sur la tête de Joseph(), sur le sommet de la tête (nazar) parmi ses frères ». On dit encore que Samson() et Samuel() ( שמו-אל שמשון Semes-on et Sem-va-el) étaient des Nazars. Porphyre, en parlant de Pythagore, dit qu’il avait été purifié et initié à Babylone par Zar-Adas, le chef du sacré collège. Ne pourrait-on, par conséquent, supposer que le Zoro-Aster était le nazar d’Istar, Zar-adas ou Na-Zar-ad (257) signifiant la même chose dans le changement des langues ? Esra, ou ארזע était un Prêtre, un Scribe, un Hiérophante ; et le premier colonisateur hébreu de la Judée fut ,לבבורז Zeru-Babel ou le Zoro ou nazar de Babylone.

Les Ecritures Juives mentionnent deux cultes ou religions distinctes parmi les Israélites : celui de Bacchus, sous le masque de Jéhovah, et celui des initiés chaldéens auquel appartenaient quelques nazars, les théurgistes et quelques-uns des prophètes. Le quartier général de ces derniers était toujours à Babylone et en Chaldée, où l’on reconnaît distinctement deux écoles rivales de Mages. Ceux qui en doutent feraient bien de donner l’explication de la différence entre ce que dit l’histoire et ce que dit Platon, qui, de tous les hommes de son temps, était certainement un des mieux informés. En parlant des Mages, il nous les montre instruisant les Rois persans sur Zoroastre, comme fils ou prêtre d’Ormazd (258c) ; et cependant Darius, dans l’inscription de Behistun, se vante d’avoir restauré le culte d’Ormazd, et d’avoir renversé les rites des Mages. Il y avait évidemment deux écoles de Mages, rivales et distinctes. La plus ancienne et la plus ésotérique des deux était celle qui, satisfaite de ses connaissances invulnérables et de son pouvoir secret, consentit volontiers à se défaire de sa popularité exotique, en abandonnant sa suprématie aux mains du réformateur Darius. Les Gnostiques, plus tard, firent preuve de la même politique prudente en s’adaptant, dans chaque pays, aux formes de la religion prévalente, tout en restant secrètement fidèles à leurs doctrines essentielles.

Il y aurait une autre hypothèse possible, qui serait que Zero-Ishtar était le grand prêtre du culte chaldéen ou Mage hiérophante. Lorsque les Ariens perses, sous Darius Hystaspes, renversèrent le mage Gomates, et rétablirent le culte Mazdéen, il s’ensuivit un amalgame à la suite duquel le Mage Zoro-astar devint le Zara-thoushtra de la Vendidâd. Cela n’était pas du goût des autres Aryens qui avaient adopté la religion Védique, distincte de celle d’Avesta. Mais ce n’est qu’une simple hypothèse.

Or, qu’on croie ce que l’on voudra à l’égard de Moise, nous allons démontrer que c’était un initié. La religion Mosaïque ne fut, somme toute, qu’un culte du Soleil et du Serpent, peut-être mélangé de quelques notions monothéistes jusqu’au moment où celles-ci furent introduites par la force dans les prétendues « Ecritures inspirées » par Ezra, lorsqu’il ré-écrivit les livres mosaïques. De toute façon, le Livre des Nombres fut écrit plus tard ; et on y suit la trace du culte solaire et du serpent aussi nettement que dans n’importe quel récit païen. Dans plus d’un sens, le récit des serpents de feu est allégorique. « Les « Serpents » étaient les Lévites ou Ophites qui formaient la garde du corps de Moise (Voir Exode XXXII, 26) ; et le commandement du « Seigneur » à Moise de faire plier le cou du peuple « devant le Seigneur contre le Soleil » qui est l’emblème de ce Seigneur, ne prête à aucune équivoque.

Les nazars ou prophètes, de même que les Nazaréens, étaient une caste opposée au culte de Bacchus, en ce que, d’accord avec tous les prophètes initiés, ils s’en tenaient à l’esprit des religions symboliques et s’opposaient de toutes leurs forces aux pratiques idolâtres et exotériques de la lettre morte. C’est là la raison pour laquelle les prophètes furent si souvent lapidés par le peuple sous la conduite des prêtres qui avaient tout intérêt à favoriser les superstitions populaires. Ottfried Müller nous fait voir à quel point les Mystères Orphiques différaient des rites populaires de Bacchus (259), bien qu’il soit connu que les Orphikoï relevaient du culte de Bacchus. Le système de la moralité la plus pure et de l’ascétisme sévère des enseignements Orphiques, et auxquels adhéraient si strictement ses partisans, sont incompatibles avec l’impudicité et la grossière immoralité des rites populaires. La fable d’Aristée poursuivant Eurydice dans les bois, où la morsure d’un serpent lui donne la mort (260), est une allégorie très claire qui était expliquée, en partie, dans les temps primitifs. Aristée représente la force brutale poursuivant Eurydice, la doctrine ésotérique, dans les bois, où le serpent (l’emblème du dieu solaire, adoré sous son aspect grossier, même par les Juifs), la tue ; c’est-à-dire force la vérité à devenir plus ésotérique encore, et à chercher un refuge dans le monde souterrain, qui n’est nullement l’enfer de nos théologiens. En outre, le sort d’Orphée, mis en lambeaux par les Bacchantes, est encore une autre allégorie pour démontrer que les rites grossiers et populaires sont toujours plus goûtés que la vérité simple mais divine, et fait voir également la grande différence qui devait exister entre le culte populaire et le culte ésotérique. Comme les poèmes d’Orphée et de Musée ont été perdus dès les âges les plus reculés, de telle façon que ni Platon, ni Aristote n’ont rien pu reconnaître d’authentique dans les poèmes existant à leur époque, il est difficile de dire avec précision en quoi consistaient ces rites particuliers. Nous avons, néanmoins, la tradition orale, et nous en pouvons tirer nos conclusions ; cette tradition veut qu’Orphée ait rapporté sa doctrine de l’Inde. Cette religion était celle des plus anciens Mages par conséquent celle à laquelle appartenaient les initiés de toutes les nations, en commençant par Moise, les « Fils des Prophètes » et les Nazars ascétiques (qu’il ne faut pas confondre avec ceux contre lesquels se sont élevés Osee() et d’autres prophètes) et en finissant par les Esséniens. Cette dernière secte était composée de Pythagoriciens, avant que leur système n’ait dégénéré plutôt que progressé par leur rapprochement avec les missionnaires Bouddhistes, lesquels, d’après ce que nous raconte Pline, s’étaient établis sur les rivages de la Mer Morte, des siècles avant son temps, per saeculorum millia (261c). Mais si, d’une part, ces moines Bouddhistes furent les premiers à fonder des communautés monastiques et à introduire la stricte observation d’une régie conventuelle dogmatique ; d’autre part, ils furent aussi les premiers à préconiser et à populariser les vertus sévères dont Sâkyamouni (Gautama) donna l’exemple, et qui, avant lui, n’avaient été pratiquées qu’en des cas isolés par des philosophes bien connus et leurs partisans ; ces vertus furent prêchées quelques siècles plus tard par Jésus, mises en pratique par quelques ascètes chrétiens, et graduellement abandonnées et même complètement oubliées par l’Eglise chrétienne.

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