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DIEU ET LE DIABLE

L’homme se sert bien mal de la raison dont il est si fier lorsqu’il rejette d’un seul coup brutal les idéaux et les croyances religieuses chéris des races et des âges précédents ainsi que des premières années du cycle racial actuel.

Il est généralement inconscient de la perte qu’il subit lorsqu’il rejette son ancien idéal, avec sa croyance dans le Ciel, l’enfer, Dieu et le diable, les bénédictions et les malédictions, toutes croyances fondées sur diverses recommandations faites par les livres sacrés ainsi que les anciens mythes et les anciennes traditions, sans faire l’effort de consulter leurs sources originales ou d’interpréter leurs mystères.

Avec l’augmentation constante du flot de nouvelle littérature et de retraduction de l’ancienne qui se répand maintenant sur le monde à l’appui des fausses idées d’un lecteur et penseur qui, pour une raison apparemment valide, en est venu à croire que les anciennes idées et les anciens idéaux étaient faux ou incompréhensibles, il lui vient un désir presque insurmontable de les rejeter tous. Comme le fait d’agir ainsi semble ne lui laisser aucun espoir, il s’accroche à n’importe quelle planche de la science moderne qu’il peut rejoindre et qui lui semble capable de supporter son poids – ses doutes et ses craintes – plutôt que de faire un effort vigoureux pour conserver les théories et les idées plus modernes à la surface de son esprit, au moins temporairement, pendant qu’il cherche les indices qui pourraient prouver que les idées et les idéaux anciens avaient avec les idées et les idéaux modernes une base commune et un objectif commun.

On trouve la même base pour la croyance au Ciel et à l’enfer, aux Anges et aux démons, dans un exposé moderne de la loi universelle et dans les hypothèses scientifiques touchant l’action des forces cosmiques dans la création de la matière et sa destinée finale – les forces qui sous-tendent toutes les formes de phénomènes matériels – que dans les opinions répandues au Moyen Âge.

En plus d’être un penseur agnostique, il faut être un orateur brave pour être prêt à nier à notre époque des déclarations des Initiés concernant l’existence d’au moins trois plans d’états de conscience – ou que les vies individuelles liées à chacun de ces plans n’ont pas beaucoup de traits communs avec les vies des autres plans.

Lorsqu’on considère à quel point les conditions supposées d’accès au Ciel ou à l’enfer sont atteignables par la grande majorité des gens sur Terre, et combien de personnages angéliques ou démoniaques les journaux quotidiens d’une grande ville mentionnent chaque jour, la conclusion logique est que les forces actives dans chacun de ces personnages doivent avoir eu une manifestation antérieure localisée, de même qu’une nécessaire expression future. Même si cette énergie n’est incorporée que partiellement dans une force, cette force ou cette forme d’énergie possède son habitat naturel, son champ d’action original. En conséquence, quel que soit cet habitat et quel que soit le nom qu’on lui donne, il y aura un Ciel et un enfer, l’endroit où habitent les Anges et les démons. Comme ceux qui se ressemblent s’assemblent dans tous les domaines d’action, les personnes dans lesquelles ces forces sont particulièrement actives doivent nécessairement se mettre en rapport avec d’autres de nature semblable et dont les états de conscience sont identiques. Lorsqu’on ajoute à cela le fait que la matière est indestructible, la destruction de la conscience devient presque impensable.

Comme la vie est mouvement par elle-même, et que tout mouvement doit avoir un point de départ, une impulsion, une forme d’énergie quelconque qui met en mouvement la chose ou l’objet mû, et comme tout point central, tout soleil, lune ou étoile que l’on peut observer dans les cieux est apparemment sujet à un mouvement imprimé par une énergie quelconque, il s’ensuit qu’il doit y avoir un point central où cette énergie est générée ou emmagasinée. Qu’on appelle cet auteur, le générateur de cette énergie, Dieu – le bien – ou le démon – le mal – dépend de votre point de vue actuel, mais le fait demeure qu’il est l’auteur, et que toutes les formes et expressions de la vie dépendent de lui.

Cette source d’énergie a été vénérée et adorée sous le nom de « Grand Souffle » par les plus grands intellects, les plus grands enseignants spirituels de tous les temps.

Avec chaque inspiration et chaque expiration par la source spirituelle de la vie, il se produit une montée et une baisse, dans un rythme parfait (selon le plan de manifestation, la taille et le poids de chaque forme de matière différenciée), du point de manifestation, du cœur de chaque cellule, que ce soit le cœur d’un soleil, d’une planète ou d’un microbe, et que ce soit un corps matériel, mental ou spirituel.

La montée et la baisse des marées, les fluctuations de la croûte terrestre, les changements atmosphériques, les changements du corps physique de l’homme et tous les mouvements de toutes les choses et de toutes les créatures sont causées par la montée et la baisse du « Grand Souffle ». Comme même la science moderne concède le fait que toutes les formes de vies ne sont que des taux de vibrations différents d’un seul niveau ou état d’énergie communément appelé éther, et que toutes les vibrations sont des modifications particulières du mouvement lui-même, le « Grand Souffle », on peut accepter ces anciens enseignements sans grand risque de controverse.

Lorsque l’on postule que l’intelligence et la volonté sont les forces qui sous-tendent ou animent le « Grand Souffle », alors l’existence d’un Dieu, dans le sens le plus élevé du mot, devient un fait indiscutable. Si on ajoute un niveau d’opération, qui doit nécessairement être le centre harmonieux où toutes les formes de la force et de l’énergie agissantes sont en parfait accord, où tout le pouvoir est centré, alors il est certain que la condition qu’on appelle généralement le Ciel ne semble pas une idée particulièrement étrange. Si on inverse l’action de ces éléments du Ciel, si on considère l’action négative de toutes les forces positives conformément au postulat scientifique bien connu qu’il ne peut y avoir de manifestation d’un pôle positif d’énergie sans que se manifeste également son antithèse, le pôle négatif, dans cet aspect négatif du Ciel, on obtient tous les éléments constitutifs d’un état ou d’un plan de discorde, l’effet de l’action de forces négatives, destructives et rebelles. Leur point central, le noyau ou le cœur de cette action et réaction négatives, le légendaire démon, et l’enfer, semblent être des réalités corollaires, quel que soit le terme que l’on utilise pour exprimer les réalités désignées ainsi.

À l’expiration du « Grand Souffle », toute forme matérielle doit se gonfler. Lorsqu’elle atteint son point de résistance minimale suite à ce gonflement, la forme, que ce soit un soleil, une planète ou un tégument, doit éclater et disperser ses fragments au loin. Tous ces fragments, des centres secondaires, flottent dans l’espace, et forment de nouvelles planètes, de nouvelles étoiles, de nouvelles végétations, de nouvelles vies. Mais avant que ce point d’éclatement ne soit atteint, dans la vie d’une planète, par exemple, celle-ci a rassemblé ses forces et s’est gonflée un grand nombre de fois, de sorte que sa croûte est couverte de grandes fentes et de grandes crevasses, les effets d’anciennes fractures, qui sont parfois devenues des réservoirs pour de grandes rivières et de grands lacs. Les vagues de force de vie humaine et animale sur sa surface, qui ont été apportées d’autres centres, d’autres planètes, d’autres fragments, montent et descendent avec les marées de vie du « Grand Souffle ». Des races naissent et meurent, et naissent à nouveau. Les mêmes phénomènes exactement se produisent sous d’autres variations de lois et de conditions, causées par une augmentation des vibrations de la substance homogène, l’éther, à laquelle ont été donnés les noms de « vie astrale », « vie de l’âme » et « vie spirituelle ». Même dans ces aspects intérieurs de la vie, on peut imaginer que des activités semblables au « Grand Souffle » causent davantage de combustion éthérique et produisent de l’expansion et des explosions. La même grande vague de vie se brise sur les rivages de toutes les formes de substance en vibration, et l’effet est le même dans tous les cas. La durée, le rassemblement, l’enflure et l’éclatement cycliques de ces diverses formes de vie et leur transfert à d’autres champs d’activité se produisent de façon aussi intelligente, aussi sûre et aussi méthodique sur ce qu’on appelle les plans intérieurs, c’est-à-dire les plans astral, de l’âme et spirituel, et doivent se produire de cette façon, jusqu’à ce que l’activité du « Grand Souffle » cesse et que le Générateur du souffle cesse d’agir. Ou que, comme on peut le lire dans les stances du Livre de Dzyan : « La Mère Éternelle, enveloppée dans ses Robes à jamais Invisibles, s’était endormie de nouveau pour Sept Éternités1 ».

L’action de la Lune sur les marées de l’océan est un fait accepté depuis longtemps, mais le fait d’une action similaire par chaque soleil et étoile ou planète sur toutes les autres marées de vie, même sur le courant sanguin, des hommes et des animaux à l’intérieur de leur sphère d’action individuelle, n’est pas aussi bien établi. Il n’est pas bien établi non plus que c’est le noyau central – ou cellule centrale – des planètes, plutôt que leur masse dans son ensemble, qui exerce la force nécessaire pour affecter les marées ou la force de vie sur les autres planètes, et que ces corps sont tous sujets au noyau central du Soleil Central autour duquel tournent tous les soleils et toutes les planètes.

En d’autres mots, c’est depuis le point universel d’activité, le domicile du Générateur du « Grand Souffle », qu’est émise l’impulsion qui agit au même moment sur tous les centres de vies manifestées, quelle que soit leur nature.

L’ensemble de ces centres constitue « la harpe à mille cordes » sur laquelle les doigts de Dieu – les énergies cosmiques – jouent éternellement la grande symphonie de la vie. Alors que le souffle balaie ces cordes, que leurs notes montent et descendent, les soleils et les planètes naissent et meurent, et revivent, tout comme l’homme naît, meurt et vit de nouveau.

1 N.D.É. H.P. Blavatsky, La Doctrine Secrète, Partie I, Stance 1, 1.

HILARION - Temple 1 - Leçon 92