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DE VIEILLES CHOSES SOUS DES NOMS NOUVEAUX – partie 9

Pour prouver que les notions des anciens, en divisant l’histoire de l’humanité par cycles, ne manquaient pas de base philosophique, nous terminerons ce chapitre par la présentation au lecteur d’une des traditions les plus anciennes de l’antiquité, relative à l’évolution de notre planète.

À la fin de chaque « grande année » que, suivant Censorinus, Aristote nommait la plus grande et qui se composait de six sars (94), notre planète est soumise à une révolution physique complète. Les climats polaires et équatoriaux changent graduellement de place. Les premiers s’avancent lentement vers la ligne équatoriale, et la zone équatoriale (avec sa végétation exubérante et son débordement de vie animale) prend la place des déserts glacés des pôles. Ce changement de climat est nécessairement accompagné de cataclysmes, de tremblements de terre et d’autres convulsions cosmiques (95), à la suite du déplacement des océans à la fin de chaque décamillenium plus un neros environ, un déluge semi-universel a lieu comme le déluge légendaire de Noé. Les Grecs donnaient le nom d’Héliocale à cette année, mais personne, hors du sanctuaire, n’avait une idée exacte de sa durée et de ses détails. L’hiver de cette année était nommé le cataclysme ou le déluge, l’été s’appelait l’Ecpyrosis. Les traditions populaires enseignaient, que pendant ces saisons, le monde était alternativement brûlé puis inondé. C’est, du moins ce que nous apprennent les Fragments d’astronomie de Censorinus et de Seneque. L’incertitude des commentateurs au sujet de la durée de cette année était telle qu’aucun d’eux ne s’approche de la vérité. Sauf Herodote et Linus qui lui attribuent, le premier 10.800 ans, et l’autre 13.984 ans (96). Suivant les dires des prêtres Babyloniens, corroborés par Eupolemus (97a) la « cité de Babylone fut fondée par ceux qui furent sauvés de la catastrophe du déluge : c’étaient des géants, ils érigèrent la tour dont il est parlé dans l’histoire (98) ». Ces géants, grands astrologues, qui, de plus, avaient reçu de leurs ancêtres, « les fils de Dieu », une instruction complète des choses secrètes, instruisirent les prêtres à leur tour et laissèrent dans les temples tous les récits du cataclysme périodique dont ils avaient été témoins. C’est ainsi que les grands prêtres eurent connaissance des grandes années. Si nous réfléchissons, en outre, que Platon dans le Timée parle d’un vieux prête Égyptien qui tança Solon parce qu’il ignorait qu’il y eût eu déjà plusieurs déluges, comme le grand déluge d’Ogygès, nous pouvons aisément comprendre que cette croyance en le Héliakos était doctrine admise par les prêtres initiés du monde entier.

Les Neros, les Vrihaspati ou les périodes nommées Yougas ou Kalpas, sont des problèmes vitaux à résoudre. Le Satyayoug et les cycles bouddhistes de la chronologie se traduisent par des chiffres qui couperaient le souffle à un mathématicien. Le Maha-Kalpa embrasse un nombre infini de périodes remontant bien loin dans les époques antédiluviennes. Leur système comprend un Kalpa ou grande période de 4.320.000.000 d’années qu’ils divisent en quatre yougas plus courts qui se suivent ainsi :

  1. Satya-youg –   1.728.000 années
  2. Trêtya-youg – 1.296.000 années
  3. Dvâpa-youg –    864.000 années
  4. Kali-youg –       432.000 années

         Total               4.320.000 années

Ces quatre subdivisions sont celles d’un âge divin ou Maha-Youg ; soixante et onze Maha-Youg font 306.720.000 années, auxquelles vient s’ajouter un sandhi (ou le temps pendant lequel le jour et la nuit se confondent, l’aube et le crépuscule) qui équivaut à un Satya-Youg ou 1.728.000. Le tout forme un manvantara de 308.448.000 années (99). Quatorze manvantaras font 4.318.272.000 années, auxquelles il faut ajouter un sandhi pour commencer le Kalpa, soit 1.728.000 années ce qui fait que le Kalpa, ou grande période, est composé de 4.320.000.000 années. Comme nous ne sommes encore maintenant que dans le Kali-Youg du vingt-huitième âge du septième manvantara de 308.448.000 années, nous avons encore une longue attente avant même d’arriver à la moitié du temps assigné à l’existence du monde.

Ces chiffres ne sont pas fantaisistes, mais fondés sur des calculs astronomiques, ainsi que l’a démontré S. Davis (100). Beaucoup de savants, Higgins entre autres, malgré leurs investigations, ont été perplexes pour décider lequel de tous ceux-ci était le cycle secret. Bunsen a établi la preuve que les prêtres Égyptiens qui firent des annotations cycliques, les tenaient toujours cachées dans le plus profond mystère (101). Qui sait ? La difficulté que les savants ont rencontrée venait probablement du fait que les calculs des anciens s’appliquent également au progrès spirituel et au progrès physique de l’humanité. On comprendra sans difficulté l’étroite correspondance établie par les anciens entre les cycles de la nature et ceux de l’humanité, si nous ne perdons pas de vue leur foi dans les influences constantes et toutes puissantes des planètes sur les destins de l’humanité. Higgins pense avec raison que le cycle du système Hindou de 432.000 ans est la clé du cycle secret. Mais son insuccès à le déchiffrer est évident : comme il appartient au mystère de la création, ce cycle est le plus inviolable de tous. Il fut reproduit en chiffres symboliques seulement dans le Livre Chaldéen des Nombres dont l’original, s’il existe aujourd’hui, ne se trouve certainement pas dans les bibliothèques. Il faisait, en effet, partie d’un des plus anciens livres d’Hermès, dont la désignation ordinale n’a pas été déterminée jusqu’ici (102).

En employant le calcul de la période secrète des Grands Neros et des Kalpas Hindous, quelques cabalistes, mathématiciens et archéologues qui ne savaient rien des calculs secrets, échangèrent le nombre ci-dessus mentionné de 21.000 ans en 24.000 pour la durée de la grande année, parce qu’ils supposaient que la dernière période de 6.000 années s’appliquait seulement au renouvellement de notre globe. Higgins donne cette raison : on supposait autrefois que la précession des équinoxes ne se faisait que tous les 2.000 ans, au lieu de 2.160 ans dans un signe. Ce qui donnerait pour la durée de la grande année, quatre fois 6.000, soit 24.000 ans en tout. « Par conséquent », dit-il, cela expliquerait la longueur prolongée de leurs cycles ; car, avec cette grande année, se produirait le même fait qu’avec l’année commune, jusqu’au moment où, ayant tourné autour d’un cercle immense, elle reviendrait à son point de départ ». Aussi, explique-t-il le chiffre de 24.000 ans de la manière suivante : « Si l’angle que le plan de l’écliptique fait avec celui de l’équateur diminuait graduellement et régulièrement comme on supposait que c’était le cas, jusqu’à une époque toute récente, les deux plans auraient coïncidé au bout d’environ dix âges (6.000 ans). Dix âges, 6.000 ans plus tard, le soleil aurait été placé, par rapport à l’hémisphère sud, comme il l’est aujourd’hui par rapport à l’hémisphère nord. Dix âges plus tard, il serait placé comme il l’est aujourd’hui après une période de vingt-quatre à vingt-cinq mille ans, environ. Lorsque le soleil serait parvenu à l’équateur, les dix âges (ou 6.000 ans) seraient résolus et le monde détruit par le feu. Arrivé au point sud, il serait détruit par l’eau. C’est ainsi qu’il serait détruit tous les 6.000 ans ou tous les dix neros (103) ».

Cette méthode de calculer par neros, sans tenir compte du secret dans lequel les anciens philosophes qui appartenaient tous à l’ordre sacerdotal, tenaient leur savoir, a donné lieu aux plus graves erreurs. Elle fit que les Juifs, ainsi que certains Platoniciens chrétiens, affirmèrent la destruction inévitable du monde à la fin de 6.000 ans. Gale prouve à quel point cette croyance était enracinée chez les Juifs. Elle a conduit les savants modernes à rejeter entièrement les hypothèses des anciens. De cette croyance naquirent plusieurs sectes religieuses qui, comme les Adventistes contemporains, vivent dans l’attente de la destruction prochaine du monde.

Comme notre planète tourne tous les ans une fois autour du soleil et, aussi, une fois par vingt-quatre heures sur elle-même, traversant ainsi des cycles mineurs à l’intérieur de cycles plus grands, l’œuvre des périodes cycliques mineures est accomplie et recommencée dans les limites du Grand Saros.

La révolution du monde physique, suivant la doctrine ancienne, est accompagnée d’une révolution analogue dans le monde de l’intellect ; le monde spirituel évoluant par cycles ainsi que le monde physique.

Nous constatons, par conséquent, dans l’histoire, une succession alternée de flux et de reflux pour la marée du progrès humain. Les grands empires du monde, après avoir atteint le point culminant de leur puissance, retombent en obéissant à la même loi qui les avait portés au faîte. Puis, lorsqu’ils ont atteint le point le plus bas, l’humanité se ressaisit et monte de nouveau et le sommet qu’elle touche alors, suivant la loi de progression ascendante par cycles, est un peu plus élevé que le dernier sommet atteint avant la dernière période descendante.

La division de l’histoire de l’humanité en âges d’Or, d’Argent, de Cuivre et de Fer n’est pas une fiction. Nous voyons le même phénomène dans la littérature des peuples. Un âge de grande inspiration et de production inconsciente est, invariablement, suivi d’un âge de critique et de conscience. Le premier fournit les matériaux destinés à l’intellect analytique et critique du second.

C’est ainsi que tous les grands Êtres, ces géants qui dominent l’histoire de l’humanité, le Bouddha-Siddârtha et Jésus, dans le domaine spirituel ; Alexandre de Macédoine et Napoléon le Grand dans celui des conquêtes physiques, sont uniquement des images reflétées de types humains ayant existé déjà dix milliers d’années auparavant, dans le déca-millénium antérieur et qui sont reproduits par les pouvoirs mystérieux qui président à la destinée de notre monde. Aucun personnage saillant n’existe dans les annales de l’histoire profane ou sacrée dont le prototype ne puisse être retrouvé dans les traditions semi-fictives et semi-réelles des religions et des mythologies d’autrefois. Comme l’étoile qui brille à une distance incommensurable au-dessus de nos têtes se reflète dans les eaux limpides d’un lac, de même l’imagerie des hommes antédiluviens se réfléchit dans les périodes dont nous pouvons embrasser l’histoire en rétrospective.

En bas, comme en haut. Ce qui a été, sera de nouveau. Sur la terre comme dans le ciel.

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