DE VIEILLES CHOSES SOUS DES NOMS NOUVEAUX – partie 8
Les phénomènes médiumniques se sont produits de tout temps en Russie, comme dans d’autres pays. Cette force ignore les différences religieuses, se rit des nationalités, envahit sans avoir été sollicitée toute individualité, des rois aux mendiants.
Le Vice-Dieu actuel, Pie IX, lui-même, n’a pu éviter la présence de cet hôte indésiré. Pendant le dernier demi-siècle, Sa Sainteté a été notoirement sujette à des accès fort extraordinaires. À l’intérieur du Vatican, on les appelle des visions divines ; au dehors, le médecin les nomme des attaques d’épilepsie et la rumeur populaire les attribue à l’obsession des fantômes de Peruggia, Castelfidarlo et Mentana !
« Les lumières bleuissent, voici minuit ; des gouttes froides et livides perlent sur ma chair tremblante. J’ai cru que les âmes de tous ceux dont j’ai causé la mort venaient. »
(Shakespeare, Richard III.)
Le prince de Hohenlohe, si célèbre, pendant le premier quart de ce siècle, pour ses pouvoirs de guérisseur, était lui-même un grand médium. Vraiment, ces phénomènes et cette puissance n’appartiennent spécialement à aucun âge ni à aucun pays : Ils font partie des attributs psychologiques de l’homme, le Microcosme.
Pendant des siècles, les Klikouchy, les Yourodevoy (déments et idiots), d’autres misérables créatures ont été affligées de désordres étranges que le clergé et la populace russe attribuaient à la possession démoniaque. Ils encombrent l’entrée des cathédrales sans oser pénétrer à l’intérieur, de peur que les démons qui s’emparent d’eux ne les jettent violemment à terre. Voroneg, Kiev, Kazan et toutes les villes qui possèdent les reliques thaumaturgiques de saints canonisés sont pleines de ces sortes de médiums inconscients. On peut toujours les voir réunis en groupes hideux, désœuvrés autour des portiques et des vestibules des églises.
À certains moments de la célébration de la messe par le clergé officiant, par exemple, à l’apparition des sacrements, au commencement de la prière et du chœur : Eyey Cherouvim, ces semi-déments semi-médiums se mettent à chanter comme des coqs, à aboyer, à mugir ou à braire et finissent par tomber en d’effroyables convulsions. L’impur ne peut supporter d’entendre la prière sacrée. Telle est la pieuse explication. Mues de pitié, quelques âmes charitables administrent des cordiaux et distribuent des aumônes à ces « pauvres affligés ». De temps en temps, un prêtre est invité à les exorciser et, dans ce cas, il accomplit la cérémonie soit par amour et charité, soit tenté par quelques pièces d’argent, selon sa disposition chrétienne. Mais ces infortunées créatures – qui sont des médiums car quelquefois elles prophétisent et ont des visions, lorsque l’accès est réel (93) ne sont jamais molestées en raison de leur infirmité. Pourquoi le clergé les persécuterait-il ou le peuple les haïrait-il, les dénonçant comme sorciers et magiciens odieux ? Le sens commun et l’équité indiquent que les victimes n’y peuvent rien et que c’est le démon qu’il faudrait punir, lui qui, dit-on, agit par elles. Le pire qui puisse arriver à l’infortuné, c’est que le prêtre l’inonde de son eau bénite et lui occasionne de la sorte un refroidissement. Si ce remède est inefficace, le Klikoucha est laissé à la grâce de Dieu et l’on se contente de prendre soin de lui, par amour et par charité. Si superstitieuse et aveugle qu’elle soit, la foi qui obéit à de tels principes mérite quelque respect et ne peut jamais offenser l’homme ni le vrai Dieu. Il n’en est pas de même avec les catholiques. C’est pour cela qu’ils seront, eux d’abord et le clergé protestant ensuite, pris à partie dans cet ouvrage. Nous excepterons néanmoins quelques esprits élevés appartenant à ces deux confessions. Nous voulons savoir sur quoi ils fondent leur droit de traiter comme ils le font les Hindous et les Chinois, spirites et cabalistes ; pourquoi les dénoncer en bloc avec les infidèles qu’ils ont eux-mêmes inventés, et les condamner aux feux éternels de l’enfer ?
Loin de notre pensée le plus léger manque de respect, encore moins un blasphème à l’égard de la Divine Puissance qui a appelé à la vie toutes choses visibles et invisibles. Nous n’osons pas même penser à Sa majesté et Sa perfection infinies : Il nous suffit de savoir qu’Elle existe et qu’Elle est toute Sagesse. II nous suffit de posséder en commun avec toutes les autres créatures une étincelle de Son essence. La puissance suprême, que nous révérons sans limite et sans fin, le grand « SOLEIL SPIRITUEL CENTRAL » dont les merveilleux effets nous environnent, le « Dieu » des voyants anciens et modernes. Sa nature ne peut être étudiée que dans les mondes évoqués par son FIAT Tout Puissant. Sa révélation est tracée de sa propre main dans les impérissables formes de l’harmonie universelle, sur le visage majestueux du Cosmos. Tel est le seul évangile INFAILLIBLE que nous reconnaissons.
Parlant des anciens géographes, Plutarque remarque, dans Thésée, qu’ils entassent sur les bords de leurs cartes les parties du monde qu’ils ne connaissaient pas. Ils ajoutent en marge des notes pour dire qu’au-delà de ces points existent seulement des déserts de sable remplis de bêtes sauvages et de marais impénétrables. Est-ce que nos théologiens et nos savants n’agissent pas de même ? Tandis que les premiers peuplent le monde invisible d’anges et de démons, nos philosophes cherchent à persuader leurs disciples qu’il n’y a rien là où il n’existe pas de matière.
Combien de nos sceptiques les plus invétérés appartiennent, malgré leur matérialisme, à des loges maçonniques ? Les Frères Rose-Croix, praticiens mystérieux du moyen âge, existent encore, mais de nom seulement. Ils peuvent « verser des larmes sur la tombe de leur respectable Maître Hiram Abiff », mais ils chercheront en vain la véritable place « où la branche d’acacia fut placée ». La lettre morte demeure seule, l’esprit a fui. Ils sont comme les chœurs anglais ou allemands de l’Opéra Italien qui descendent au quatrième acte d’Hernani, dans la crypte de Charlemagne et chantent leur conspiration dans une langue qui leur est parfaitement inconnue. De même nos modernes chevaliers de l’Arche Sainte peuvent descendre s’ils le veulent, chaque nuit, « par les neuf arches, dans les entrailles de la terre », ils « ne découvriront jamais le Delta sacré d’Enoch ». « Les Seigneurs chevaliers de la vallée du Sud » et ceux de « la vallée du Nord » peuvent essayer de s’assurer que « l’Illumination pointe en leur esprit », et qu’à mesure qu’ils avancent dans la maçonnerie, le voile de la superstition, du despotisme, de la Tyrannie, etc., n’obscurcit plus les visions de leur esprit. Mais ce ne sont que de vains mots tant qu’ils négligent leur mère, la Magie, et qu’ils tournent le dos à son frère jumeau, le Spiritualisme. En vérité, « Seigneurs Chevaliers de l’Orient » vous pouvez « quitter vos sièges et vous asseoir sur le sol en des attitudes de douleur, vos têtes reposant dans vos mains », car vous avez d’amples raisons de déplorer votre destinée. Depuis que Philippe le Bel a chassé les Templiers, personne n’a surgi, malgré toutes prétentions contraires, pour dissiper vos doutes. En vérité, vous êtes « errants loin de Jérusalem, cherchant le trésor perdu du saint lieu ». L’avez-vous trouvé ? Hélas, non ; car le lieu saint a été profané, les colonnes de sagesse, de force et de beauté sont détruites. Désormais, « vous errerez dans les ténèbres » et « vous voyagerez dans l’humilité », par les forêts et les montagnes, à la recherche du « Mot perdu ». « Passez », vous ne le trouverez jamais tant que vous limiterez vos pérégrinations aux sept ou même aux sept fois sept, parce que « vous marchez dans les ténèbres » et qu’il faut pour dissiper cette obscurité l’éclatant flambeau de la vérité que seuls, les légitimes descendants d’Ormazd portent. Ils peuvent seuls vous apprendre la véritable prononciation du nom révélé à Enoch, à Jacob et à Moise. « Passez ! » Jusqu’à ce que votre V. R. S. ait appris à multiplier 333 et à frapper, à sa place, 666 le nombre de la Bête de l’Apocalypse, vous ferez bien d’observer la prudence et d’agir « sub rosa ».
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