DE VIEILLES CHOSES SOUS DES NOMS NOUVEAUX – partie 4
Tous les philosophes de quelque notoriété ont admis et soutenu la doctrine de la métempsycose l’exprimant plus ou moins intelligiblement, dans son sens ésotérique, telle qu’elle était enseignée par les Brahmanes, les Bouddhistes et plus tard par les Pythagoriciens. Origene et Clement d’Alexandrie, Synesius et Chalcidius y croyaient tous et les gnostiques, reconnus incontestablement par l’histoire comme les hommes les plus raffinés, les plus érudits et les plus éclairés (64), croyaient également tous à la métempsycose. Socrate professait des doctrines identiques à celles de Pythagore : tous deux, pour expier leur philosophie divine, périrent de mort violente. La populace à toujours été la même dans tous les temps. Le matérialisme était et sera toujours aveugle aux vérités spirituelles. Ces philosophes soutenaient, d’accord avec les Hindous, que Dieu avait infusé dans la matière une parcelle de Son Divin Esprit qui anime et meut chaque particule. Ils enseignaient que les hommes ont deux âmes, de nature diverse et différant tout à fait : l’une est périssable, c’est l’Âme Astrale ou le corps interne fluidique ; l’autre est incorruptible et immortelle, c’est l’Augoeidès ou parcelle de l’Esprit Divin. L’Âme Astrale, mortelle, périt à chaque changement graduel, au seuil de chaque nouvelle sphère, et se transforme, en se purifiant, à chaque nouvelle incarnation. L’homme astral, tout intangible et invisible qu’il puisse être pour nos sens mortels et terrestres, est encore composé de matière, quoiqu’elle soit sublimée.
Pour des raisons politiques à lui personnelles, Aristote gardait un silence prudent sur certaines doctrines ésotériques, cependant il exprimait très clairement son opinion à ce sujet. Pour lui, les âmes humaines étaient des émanations de Dieu finalement résorbées dans la Divinité. Zenon, fondateur des Stoïciens, enseignait qu’il y a dans la nature deux qualités éternelles : l’une active ou masculine, l’autre passive ou féminine. La première est de l’éther pur, subtil, c’est l’Esprit Divin, l’autre est absolument inerte par elle-même jusqu’à son union avec le principe actif. L’Esprit Divin, agissant sur la matière, produit le feu, l’eau, la terre et l’air : il est le seul principe efficient moteur de toute la nature.
Les Stoïciens, de même que les sages Hindous, croyaient à la résorption finale. Saint Justin martyr croyait que ces âmes émanent de la Divinité et Tatien l’Assyrien, son disciple, déclare que « l’homme est aussi immortel que Dieu lui-même (65) ».
Le verset si profondément significatif de la Genèse : « Et à toutes les bêtes de la terre, à tous les oiseaux de l’air, à tout ce qui se meut sur la terre, j’ai donné une âme vivante » devrait arrêter l’attention des lettrés Hébreux capables de lire les Écritures dans le texte original et les dispenser de suivre la traduction erronée dans laquelle on lit : « où il y a de la vie (66) ».
Depuis le premier chapitre jusqu’au dernier, les traducteurs des livres sacrés des Juifs ont faussement interprété le sens des textes. Ils ont même changé l’orthographe du nom de Dieu, comme le prouve Sir W. Drummond. Ainsi El, correctement écrit, devrait se prononcer Al car dans l’original il y a Al. Or, d’après Higgins, ce mot signifie le dieu Mithra, le soleil, le conservateur, le sauveur. Sir W. Drummond montre que Beth-El signifie la maison du Soleil, en traduction littérale, et non de Dieu. « El, dans la composition de ces noms Chananéens, ne signifie pas Deus mais Sol(67) ». C’est ainsi que la Théologie a défiguré la Théosophie antique et la Science l’ancienne Philosophie (68).
Faute d’avoir compris ce grand principe philosophique, les méthodes de la science moderne, quoique exactes, n’aboutiront qu’au néant. Il n’est point une de ses branches qui puisse démontrer l’origine et la fin des choses. Au lieu de chercher la trace des effets en partant de la source première, la science procède inversement. Les types les plus élevés, dit-elle, résultent tous de l’évolution de types inférieurs. Elle part du bas du cycle, n’ayant pour se guider dans le grand labyrinthe de la nature, qu’un fil de matière. Aussitôt ce fil rompu et la direction perdue, elle recule, effrayée, devant l’Incompréhensible et s’avoue impuissante. Ce n’est point ainsi que procédaient Platon et ses disciples. D’après lui, les types inférieurs sont simplement les images concrètes des types abstraits les plus élevés. L’âme qui est immortelle a un commencement arithmétique, de même que le corps en a un géométrique. Ce commencement, en sa qualité de reflet du grand ARCHÆUS universel, est doué d’un mouvement propre et, du centre se diffuse sur tout le corps du microcosme.
C’est la triste compréhension de cette vérité qui fait avouer à Tyndall l’impuissance de la science, même sur le monde matériel. « L’assemblage primitif des atomes, dont dépend toute l’action ultérieure, déjoue une puissance supérieure à celle du microscope ». « En présence de l’excessive complexité de telles études, longtemps avant que l’observation puisse élever la voix, l’intelligence la mieux préparée, l’imagination si raffinée et si bien réglée qu’elle soit se détournent stupéfaites et n’osent pas envisager le problème. Nous restons muets d’étonnement, sous l’influence d’une stupeur que le microscope ne peut dissiper. Non seulement nous doutons de la puissance de l’instrument, mais encore nous nous demandons si nous possédons les éléments intellectuels aptes à nous faire saisir et comprendre les ultimes énergies structurales de la nature ».
La figure géométrique fondamentale de la Cabale, cette figure que la tradition et les doctrines ésotériques nous disent avoir été donnée par Dieu lui-même à Moise sur le mont Sinaï (69) contient, dans sa combinaison grandiose parce qu’elle est simple, la clé du problème universel. Cette figure contient en elle-même toutes les autres. Pour ceux qui savent la maîtriser, il n’y a nul besoin d’exercer l’imagination. Il n’y a pas de microscope terrestre qui puisse être comparé à la perception spirituelle.
Et même pour ceux qui ne sont point versés dans la GRANDE SCIENCE, la description de la genèse d’une graine, d’un fragment de cristal, de tout autre objet, donnée par un psychomètre-enfant bien préparé, vaut tous les télescopes et tous les microscopes de la « science exacte ».
Il peut y avoir plus de vérité dans la pangenèse aventureuse de Darwin que Tyndall appelle « un spéculateur prenant son essor » que dans les hypothèses timides et bornées de ce dernier. Comme beaucoup de penseurs de son genre, Tyndall enferme son imagination « dans les limites précises de la raison ». La théorie du germe microscopique contenant en lui « un monde de germes moindres », s’étend jusqu’à l’infini, dans un sens, au moins. Elle dépasse le monde de la matière et commence inconsciemment, à s’aventurer dans le monde de l’Esprit.
Si nous acceptons la théorie du développement des espèces de Darwin, nous trouvons que son point de départ est placé devant une porte ouverte. Nous sommes libres avec lui de rester à l’intérieur ou de franchir le seuil au-delà duquel commence l’illimité et l’incompréhensible ou plutôt l’Indicible. Si notre langage moral est inadéquat pour exprimer ce que notre esprit entrevoit vaguement dans le grand « au-delà » – pendant notre séjour sur cette terre – il faut qu’il y parvienne, jusqu’à un certain point, dans l’Eternité hors du temps.
Il n’en va pas de même de la théorie du professeur Huxley sur « la Base Physique de la Vie ». Sans égard pour la formidable quantité des négations venant de ses confrères allemands, il crée un protoplasme universel et en voue désormais les cellules à devenir les fontaines sacrées du principe de toute vie. En représentant ce principe comme identique dans l’homme vivant et dans le mouton mort, dans une ortie ou dans un homard ; en enfermant dans la cellule moléculaire du protoplasme le principe de vie et en l’isolant de l’influx divin qui s’exerce à chacune des évolutions consécutives – il se ferme toute issue possible. Comme un habile tacticien, il convertit ses « lois et ses faits » en sentinelles auxquelles il a le soin de confier la garde à chaque porte. Le drapeau sous lequel il rallie ses conceptions porte comme inscription le mot « nécessité ». Mais, à peine l’a-t-il déployé, qu’il en raille l’inscription : il l’appelle « une vaine ombre de ma propre imagination ».
Les doctrines fondamentales du spiritualisme, dit-il « sont en dehors des limites de l’investigation philosophique ». Nous aurons l’audace de contredire cette assertion et nous soutiendrons qu’elles sont beaucoup plus en dedans de ces limites que le protoplasma de M. Huxley, d’autant plus qu’elles offrent des faits palpables, évidents de l’existence de l’esprit, tandis que les cellules protoplasmiques, une fois mortes, n’en présentent aucun qui indiquerait quelles sont les sources ou les bases de la vie comme voudrait nous le faire croire cet auteur, « un des penseurs les plus en vue de notre époque (70) ».
Les anciens Cabalistes ne s’arrêtaient pas sur une hypothèse tant qu’elle n’avait point sa base établie sur le ferme rocher de l’expérience enregistrée.
Mais trop dépendre des faits physiques entraîne une recrudescence du matérialisme, une décadence de la spiritualité et de la foi. Au temps d’Aristote, telle était la tendance dominante de la pensée. Le conseil inscrit à Delphes n’avait pas été entièrement éliminé de la pensée grecque ; et quelques philosophes pensaient encore que « pour savoir ce que l’homme est, il faut savoir ce que l’homme a été » néanmoins le matérialisme, commençait déjà à s’attaquer aux racines de la foi. Les Mystères eux-mêmes avaient considérablement dégénéré : en spéculations sacerdotales et fraudes religieuses. Peu nombreux étaient les vrais adeptes et les initiés, héritiers et descendants de ceux que le glaive du conquérant des divers envahisseurs de la vieille Egypte avait dispersés.
Le temps prédit par le grand Hermès dans son dialogue avec Esculape était arrivé, le moment était venu où des étrangers impies allaient accuser l’Égypte d’adorer des monstres, où rien n’allait survivre que les inscriptions gravées sur ses monuments, énigmes incroyables pour la postérité. Ses scribes sacrés et ses hiérophantes erraient maintenant sur la surface du globe, obligés par la crainte de voir profaner les mystères saints à se réfugier au sein des confréries hermétiques connues plus tard sous le nom d’Esséniens : leur savoir ésotérique fut alors plus que jamais, enseveli. La torche victorieuse de l’élève d’Aristote avait écarté de sa voie conquérante tout vestige d’une religion pure autrefois. Aristote lui-même, fils de ce siècle dont il est le type, quoique instruit dans la science secrète des Egyptiens, ne savait que peu de chose du résultat qui couronnait des milliers d’années d’études ésotériques.
Comme ceux qui vécurent du temps des Psammétiques, nos philosophes d’à présent tâchent de « soulever le voile d’Isis », car Isis n’est que le symbole de la nature. Mais ils ne voient que ses formes physiques. L’âme qu’elles cachent se dérobe à leurs regards et la divine Mère ne leur répond pas. Certains anatomistes, incapables de voir l’esprit derrière les muscles, les nerfs et la matière terrestre qu’ils soulèvent de la pointe de leur scalpel, affirment que l’homme n’a point d’âme. Ceux-là sont aveugles comme le chercheur qui s’en tient purement et simplement à la lettre morte de la Cabale et se permet de dire qu’elle ne renferme point d’esprit vivifiant. Pour voir l’homme véritable qui jadis animait le sujet qu’il a devant lui sur la table de dissection, il faut que le chirurgien regarde avec d’autres yeux que ceux du corps. Il en va de même pour les vérités glorieuses cachées sous les écritures hiératiques des anciens papyrus : seul peut soulever le voile celui qui possède la faculté de l’intuition. Si nous estimons que la raison est l’œil du mental, on pourrait définir l’intuition : l’œil de l’âme.
Notre science moderne reconnaît une Puissance Suprême, un Principe Invisible mais nie l’existence d’un Être Suprême, d’un Dieu Personnel (71). Au point de vue de la logique on peut contester qu’il y ait une différence entre les deux car, dans le cas actuel, Le Pouvoir et l’Être sont identiques. La raison humaine comprend difficilement une Puissance Suprême intelligente sans l’associer à l’idée d’un Etre Intelligent. N’espérons pas que les masses ignorantes puissent avoir une claire conception de l’omnipotence et de l’omniprésence d’un Dieu Suprême, sans investir de ces attributs quelque gigantesque projection de leur propre personnalité. Mais les Cabalistes n’ont jamais considéré l’invisible En Soph autrement que comme une Puissance.
À ce point de vue, nos positivistes modernes et leur prudente philosophie ont été devancés depuis des milliers d’années. L’adepte hermétique prétend simplement démontrer que le simple bon sens refuse d’admettre la possibilité que l’univers soit le résultat du hasard. II trouverait moins absurde d’admettre que les problèmes d’Euclide furent formés inconsciemment par un singe jouant avec des figures de géométrie.
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