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DE VIEILLES CHOSES SOUS DES NOMS NOUVEAUX – partie 10

Le monde est toujours ingrat envers les grands hommes. Florence a élevé une statue à Galilee mais à peine cite-t-elle Pythagore. Le premier avait un guide tout prêt. Copernic qui, dans ses traités, fut obligé de lutter contre le système universellement admis de Claude Ptolemee. Mais ni Galilee, ni l’astronomie moderne n’ont découvert l’emplacement des corps planétaires. Des milliers d’années avant eux, toutes ces connaissances étaient enseignées par les sages de l’Asie moyenne d’où Pythagore les apporta, non comme des hypothèses mais comme une science démontrée. « Les nombres de Pythagore, dit Porphyre, étaient des symboles hiéroglyphiques au moyen desquels il expliquait toutes les idées concernant la nature de toutes choses (104) ».

C’est donc en vérité à l’antiquité seule que nous devons nous adresser pour connaître l’origine de toutes choses. Combien est juste l’opinion de Hargrave Jennings quand il parle des Pyramides et combien vraies sont ses paroles quand il demande : « Est-il seulement raisonnable de conclure qu’à l’époque où les connaissances les plus étendues, où les pouvoirs humains étaient surprenants, comparés à ceux que nous possédons aujourd’hui, que tous ces effets physiques insurpassables et à peine croyables – que des ouvrages comme ceux des Égyptiens –– étaient consacrés à une erreur ? Est-il raisonnable de croire que ces myriades d’hommes des bords du Nil étaient des fous travaillant dans les ténèbres, que toute la magie de leurs grands hommes était une tromperie et, enfin, que nous, en méprisant ce que nous appelons leur superstition et leur puissance gaspillée, nous seuls soyons sages ? Non, il y a probablement bien plus dans ces vieilles religions que – dans l’audace de nos dénégations modernes, dans la confiance de notre époque vaine de sa science spirituelle, et dans la raillerie de nos jours sans foi – il y a plus, beaucoup plus qu’on ne le suppose. Nous ne comprenons pas l’antiquité. Ainsi nous voyons comment se concilient la pratique classique et les enseignements du paganisme, comment même le Gentil et le Juif, la doctrine mythologique et la doctrine chrétienne tombent d’accord dans la foi générale basée sur la Magie. Certes, la magie est possible : telle est la morale de ce livre (105) ».

C’est possible. II y a trente ans, lorsque les premiers coups frappés de Rochester, éveillèrent l’attention sur la réalité d’un monde invisible, lorsque la petite averse de coups frappés devint graduellement un torrent qui inonda tout le globe, les spirites n’eurent à lutter que contre deux puissances : la Théologie et la Science. Mais les Théosophes ont en face d’eux, outre ces deux ennemies, le monde en général et les spirites tout les premiers.

« Il y a un Dieu personnel et un Diable personnel », dit, de sa voix tonnante, le prédicateur chrétien, « Anathème à celui qui oserait dire non ». – « Il n’y a pas d’autre Dieu personnel que la matière grise enfermée dans notre cerveau », lui répond avec mépris le matérialiste. « Et il n’y a point de Diable. Que celui qui l’affirme soit considéré comme un triple idiot ». Pendant ce temps, les occultistes et les vrais philosophes ne font attention ni à l’un ni à l’autre des deux combattants. Ils persévèrent dans leur œuvre. Aucun d’eux ne croit à l’absurde Dieu passionné et instable de la superstition, mais tous croient au bien et au mal. Notre raison humaine, émanation de notre mental fini, est certainement incapable de comprendre une intelligence divine, une entité infinie et éternelle. Aussi, selon la stricte logique, ce qui transcende notre intelligence, ce qui resterait absolument incompréhensible pour nos sens, ne peut pas exister pour nous. Donc cela n’existe pas. Ce raisonnement borné est d’accord avec celui de la science et dit : « Il n’y a pas de Dieu ». Mais, d’un autre côté, notre Ego, ce qui vit, pense et sent indépendamment de nous, dans notre enveloppe mortelle, notre moi fait plus que croire. Il sait qu’il existe un Dieu dans la nature car le seul et invincible Artisan, vit en nous, comme nous vivons en Lui. Il n’est point de foi dogmatique ni de science exacte qui puisse déraciner ce sentiment intuitif inhérent à l’homme lorsqu’une fois il l’a pleinement perçu en lui.

La nature humaine est comme la nature universelle dans son horreur du vide. Elle éprouve une aspiration intuitive vers une Puissance Suprême. Faute d’un Dieu, le cosmos lui apparaîtrait comme un corps sans âme. Empêché de Le chercher là où seulement Sa trace pouvait être trouvée, l’homme a rempli ce vide pénible avec le Dieu personnel que ses maîtres spirituels ont façonné exprès pour lui avec des ruines éparses des mythes païens incompris et des philosophies surannées de l’antiquité. Comment expliquer autrement la croissance en champignon de nouvelles sectes dont quelques-unes dépassent le comble de l’absurde ? Le genre humain a un besoin irrépressible, inné ; il lui faut le satisfaire dans une religion quelconque qui supplanterait la théologie dogmatique, indémontrée et indémontrable de nos siècles chrétiens. Ce besoin c’est le désir ardent de preuves de l’immortalité. Sir Thomas Browne l’exprime très bien : « … le plus lourd pavé que la mélancolie puisse lancer à un homme, c’est de lui déclarer qu’il est au bout de sa nature, ou que pour lui il n’est point d’état futur vers lequel il irait progressivement et qu’alors tout serait vain ». Qu’une religion quelconque, capable d’offrir ces preuves de notre immortalité, sous la forme de faits scientifiques, vienne à être proposée : le système actuel se trouvera placé dans l’alternative de renforcer ses dogmes par ces faits mêmes ou de perdre tout droit au respect et à l’affection de la chrétienté. Un ministre du culte chrétien a été forcé de reconnaître qu’il n’y a point de source authentique où l’assurance d’une existence future ait pu être puisée par l’homme. Comment cette croyance se serait-elle donc maintenue pendant des siècles sans nombre si ce n’est parce que parmi toutes les nations, civilisées ou non on a accordé à l’homme cette preuve démonstrative ?

Est-ce que l’existence de cette croyance ne prouve pas, elle-même, que le penseur philosophe et le sauvage irrationnel ont, tous deux, été forcés d’admettre le témoignage de leur sens ? Si dans des cas déterminés, une illusion spectrale peut être résultée de causes physiques, d’autre part, dans des milliers de cas, il y a eu des apparitions de personnes conversant avec plusieurs individus à la fois : ensemble, ces témoins ont vu et entendu car, certainement tous n’avaient point l’esprit en désordre.

Les plus grands penseurs de la Grèce et de Rome considéraient ces apparitions comme des faits démontrés. Ils distinguaient les apparitions par les noms de manés, anima, umbra : les manès descendaient, après la mort de l’individu, dans le monde inférieur, l’anima, esprit pur, remontait au ciel ; enfin l’umbra, inquiète l’âme liée à la terre errait autour de sa tombe parce que l’attraction de la matière et l’affection pour son corps mortel l’emportaient en elle et empêchaient son essor vers les hautes régions.

« Terra legit carnem tumulum circumvolet umbra, Orcus habet manes, spiritus astra petit ».

Dit Ovide au sujet des triples constituants de l’âme.

Mais toutes ces définitions doivent être soumises à la soigneuse analyse de la philosophie. Trop de nos penseurs ne voient guère que les nombreux changements de langage, la phraséologie allégorique. Le désir évident de secret chez les écrivains Mystiques, car, le secret était obligatoire en ce qui concernait les mystères du sanctuaire, a pu causer de grossières méprises aux traducteurs et aux commentateurs.

Les expressions des alchimistes du moyen âge ont été traduites littéralement. Le symbolisme voilé de Platon même, est généralement mal interprété par le lettré moderne. Un jour viendra sans doute où on fera mieux. Alors, on se convaincra que la méthode de l’extrême nécessité fut pratiquée dans l’ancienne philosophie aussi bien que dans la moderne. Dès les premières époques de l’humanité, les vérités fondamentales de tout ce qu’il nous est donné de connaître sur la terre, furent soigneusement confiées à la garde des adeptes du sanctuaire. La différence des croyances et des pratiques religieuses était purement extérieure. Ces gardiens de la révélation divine primitive qui avait résolu tous les problèmes accessibles à l’intelligence humaine, étaient liés entre eux par une franc-maçonnerie universelle de science et de philosophie : ils formaient une chaîne ininterrompue autour du globe. C’est à la philologie et à la physiologie de trouver l’extrémité du fil. Alors, on verra que l’écheveau du mystère peut être débrouillé si l’on dégage une seule boucle des systèmes religieux antiques.

Faute d’avoir connu ces preuves ou, pour avoir refusé de les connaître, des hommes comme Hare et Wallace, avec d’autres penseurs de talent, ont été acculés dans l’impasse du spiritisme moderne. Les mêmes raisons ont réduit d’autres esprits, entièrement dépourvus d’intuition spirituelle, à se plonger dans un matérialisme grossier décoré de noms divers.

Mais nous ne voyons pas l’utilité de pousser plus loin cette étude. Selon la plupart de nos contemporains, il n’y eut qu’un jour de savoir ; à son aurore assistaient les philosophes anciens, et son midi radieux est à nous. Le témoignage de centaines de penseurs antiques et médiévaux est aussi inutile à nos expérimentateurs modernes que si le monde datait seulement de la première année de notre ère, que tout savoir était de date récente. Cependant, nous ne perdons ni espoir ni courage. Le moment est plus opportun que jamais pour passer en revue les philosophies antiques. Les archéologues, les philologues, les astronomes, les chimistes et les physiciens s’approchent de plus en plus de ce point où ils seront forcés de s’en occuper. La science physique a déjà atteint ses limites d’exploration, la théologie dogmatique voit tarir les sources de son inspiration. A moins que les signes précurseurs ne nous trompent, le jour est proche où le monde accueillera les preuves que les religions anciennes seules étaient en harmonie avec la nature et que la science antique embrassait tout ce qui peut être connu. Des secrets longtemps gardés pourraient être révélés, des livres longtemps oubliés, et des arts depuis longtemps perdus, pourraient être remis en lumière ; des papyrus et des parchemins d’une importance inestimable se retrouveront entre les mains d’hommes qui déclareront les avoir déroulés autour des momies ou trouvés dans les ténèbres des cryptes : Tablettes et piliers pourraient être exhumés, interprétés et leurs révélations sculptées surprendre les théologiens et confondre les savants. Qui connaît les possibilités de l’avenir ? Une ère de désillusion et de reconstruction va commencer. Que dis-je ? Elle est commencée déjà. Le cycle a presque accompli sa course. Un cycle nouveau est sur le point de naître. Les pages futures de l’histoire mettront en pleine évidence et prouveront absolument que :

S’il faut en croire nos ancêtres,

Des esprits sont descendus converser avec l’homme

Et lui ont révélé les secrets du monde inconnu.