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CULTIVER LE SOL

L’agriculture telle que pratiquée au cours des dernières décennies a été un crime contre la nature humaine. Hommes et femmes ont vu leur santé brisée ou ont été abrutis par l’énorme effort physique qu’ils devaient fournir pendant de longues heures de travail, ce qui leur laissait peu de temps et d’énergie pour l’effort mental.

Le temps viendra où les Américains devront dépendre de l’Amérique pour leur approvisionnement alimentaire. À moins que, parmi les enfants d’aujourd’hui, n’émerge un nombre suffisant d’hommes et de femmes pragmatiques convenablement éduqués, la spirale descendante de la soi-disant civilisation actuelle s’accentuera en raison du manque des choses essentielles à la vie physique.

Un homme ne peut pas acquérir une connaissance pratique de l’agriculture dans une école ou un collège. Il peut acquérir certaines connaissances qu’il pourra appliquer après avoir répondu aux exigences de base, mais il doit mettre la main à la charrue, il doit apprendre à connaître la terre et à développer une amitié de cœur à cœur avec elle s’il veut tirer de son sein la richesse qui s’y trouve. Et il ne peut le faire qu’en vivant près d’elle, en établissant avec elle un échange équitable en lui apportant quelque chose d’équivalent en termes de forces élémentales dotées de capacités mentales, car le contact avec l’homme intelligent éveille le potentiel d’énergie mentale dans ces élémentaux.

Lorsque viendra le moment où vous pourrez obtenir une superficie de sol suffisamment grande, créer un véritable foyer au milieu de cette terre et rassembler autour de ce centre un nombre suffisant de jeunes gens qui pourront être éduqués correctement, dans tous les sens du terme, vous aurez alors fait plus – beaucoup plus – pour le monde que même le collège le plus réputé sur la planète.

Une ferme coopérative où un nombre précis d’heures doivent être consacrées chaque jour à l’étude, au travail pratique et aux loisirs, où intelligence et talent peuvent être combinés avec l’énergie physique pure, et où tous les exercices bons pour la santé et la vitalité peuvent être transformés en autant d’heures de loisirs, où l’on peut former les horticulteurs, les agriculteurs, les sylviculteurs et les producteurs fruitiers les plus pragmatiques – aujourd’hui comme autrefois, ceux dont le monde dépend pour tout ce qui donne sa valeur à la vie, dans un sens ésotérique –, voilà une tâche toute prête pour les vrais Templiers, en raison de laquelle ils seront un jour considérés comme une bénédiction par les millions d’être qui naîtront alors.

J’ai attendu que se lève le jour qui susciterait dans l’esprit des membres du Temple la prise de conscience de certains faits avant de proposer l’idée d’un plan cher aux cœurs des Initiés, car je savais que lors des premiers stades du travail je soulèverais les préjugés, le découragement et une grande part d’incrédulité en révélant prématurément ces choses, alors que tout ceci pourrait être atténué par quelques années d’expérience.

Maintenant, le temps est venu de parler. J’ai bien conscience que je vais soulever une controverse considérable en disant que les méthodes éducatives si glorifiées de cette ère sont une illusion et un piège, que des milliers et des milliers d’hommes et de femmes formés dans les collèges ont détruit leur capacité d’affronter la vie et ses responsabilités, et qu’ils se tournent maintenant vers les affaires ou encore couvrent de honte les professions dont ils se croient les phares. Tant et aussi longtemps que l’idéal actuel de la véritable civilisation sera basé uniquement sur la richesse, l’homme se satisfera des résultats de l’éducation actuelle ; et, jusqu’à ce que la véritable idée du bien commun soit présente dans l’esprit de tous, de façon permanente, le collège moderne ira à sa perte comme plusieurs autres institutions contraires à la vérité.

Je ne m’étendrai pas plus avant sur ce sujet, sauf pour dire que toute éducation véritable est le résultat de l’interaction entre certaines forces mentales qui résident en l’homme et leurs représentations matérielles correspondantes. Voilà ce qu’est la vraie connaissance de toute chose ou de tout état, et cette connaissance résulte de la réflexion d’une forme matérielle dans l’océan de l’esprit et du mélange des forces vitales qui englobent tant le réflecteur que le reflet. Ce n’est que par l’attraction exercée par la chose elle-même et sa réflexion dans l’esprit que les deux formes d’énergie se rencontrent et se fusionnent, et qu’en se fusionnant, elles impriment une image durable sur la plaque sensible du cerveau de l’être humain. Vous ne pouvez pas forcer une idée à pénétrer dans l’esprit de l’homme, vous ne pouvez qu’éveiller une force déjà présente dans le mental et, par corrélation, faire naître la forme de cette idée.

Je ne fais qu’attirer votre attention sur ces faits afin d’expliquer pourquoi je m’objecte aux méthodes pédagogiques modernes dans leur totalité. Mais mon véritable propos ne se réfère qu’à un secteur du plan éducatif de la vie, c’est-à-dire la culture du sol – l’agriculture. Si plusieurs de ces milliers de personnes sans valeur formées dans les collèges étaient restées dans leur maison à la campagne, et si on leur avait appris l’agriculture comme une science, ils figureraient aujourd’hui dans l’armée des producteurs heureux et contents plutôt que parmi les consommateurs – inutiles et indolents – de nourriture, de vêtements et de logements que d’autres hommes, meilleurs qu’eux, ont produits. Une mauvaise évaluation de l’éducation moderne et le désir d’esquiver le travail honnête sont responsables de plusieurs des échecs mentionnés plus haut. Des centaines de milliers d’hectares de terre restent aujourd’hui incultes parce qu’il n’y a pas d’individus disponibles pour les travailler, et les villes sont surpeuplées au point d’en suffoquer à cause de ces éléments improductifs.

HILARION - Temple 3 - Leçon 334