CRIMES CHRETIENS ET VERTUS PAIENNES – Partie 8
Des clochettes tintinnabulantes étaient suspendues devant le sanctuaire de Jupiter Ammon, et c’est au son de ces cloches que les prêtres recevaient leurs augures ; « une clochette d’or et une grenade… autour du bord de la robe », tel était le résultat chez les Juifs du temps de Moise. Chez les Bouddhistes, on invoque toujours pendant les services religieux, les dieux du Deva Loka, en les invitant à descendre sur l’autel en sonnant les cloches suspendues dans les pagodes. La cloche de la table sacrée de Shiva à Kuhama est décrite dans Kailâsa, et tout vihâra ou lamaserie bouddhiste a ses cloches.
Nous constatons, par conséquent, que les cloches dont se servent les Chrétiens leur viennent en droite ligne des bouddhistes tibétains et chinois. Les rosaires ont la même origine et ont été en usage chez les moines bouddhistes il y a plus de 2.300 ans. Les lingham dans les temples hindous sont décorés, à certaines dates, de grosses baies provenant de l’arbre consacré au Mahadeva, enfilées en forme de rosaire. Le titre de « nonne » est un terme égyptien, et avait chez eux exactement la même signification ; les Chrétiens ne se sont même pas donné la peine de traduire le mot Nonna. L’auréole des saints était déjà employée par les artistes antédiluviens de Babylone, lorsqu’ils voulaient déifier ou honorer la tête d’un mortel. Dans la célèbre gravure du Hindoo Panthéon de Moore, intitulée « Krishna allaité par Dévaki, d’après une peinture admirablement exécutée, la Vierge hindoue est représentée assise sur un divan et allaitant Krishna. Les cheveux ramenés en arrière, le long voile et l’auréole dorée autour de la tête de la Vierge, ainsi qu’autour de celle du Sauveur hindou, sont frappants de ressemblance. Aucun Catholique, si versé soit-il dans le mystérieux symbolisme de l’iconologie, n’hésiterait un seul instant à adorer, devant cette image, la Vierge Marie, la mère de son Dieu (189) ». On voit encore aujourd’hui, à Indra Subbâ, à l’entrée sud des grottes d’Ellora, la représentation de l’épouse d’Indra, Indrânî, assise avec son enfant-dieu, montrant le ciel avec le doigt dans le même geste que la Madona et le Bambino italiens (190). Dans Pagan and Christian Symbolism, l’auteur nous donne une reproduction copiée sur une gravure sur bois du Moyen Age, telle qu’on les voit par douzaines dans les anciens psautiers, où la Vierge Marie, avec son fils, est représentée comme la Reine du Ciel, debout sur le croissant de lune, emblème de la virginité. « Etant placée devant le soleil, elle en éclipse en partie la lumière. Rien n’est mieux calculé pour identifier la Mère Chrétienne et son enfant avec Isis et Horus, Ishtar, Vénus, Junon, et une légion d’autres déesses païennes, qui portaient également les titres de Reine du Ciel, Reine de l’Univers, Mère de Dieu, Epouse de Dieu, Vierge Céleste, Pacificatrice Céleste, etc, (191c). »
De telles gravures ne sont pas purement astronomiques. Elles représentent le dieu mâle et la déesse femelle, comme le soleil et la lune en conjonction, « l’union de la triade et de l’unité ». Les cornes de vache sur la tête d’Isis ont la même signification.
Par conséquent, on constate l’estampille du Paganisme exotérique au-dessus, au-dessous, à l’extérieur et à l’intérieur de l’Eglise chrétienne, aussi bien dans les vêtements de ses prêtres que dans ses rites religieux. II n’est pas de sujet, dans l’ordre étendu des connaissances humaines, où le monde ait été si aveugle ou dupé par de continuels faux exposés que celui de l’antiquité. Son passé vénérable, et ses croyances religieuses ont été faussement représentés et foulés aux pieds par leurs successeurs. Ses hiérophantes et ses prophètes, les Mystae et les Epoptae (192c) de ses sanctuaires, jadis sacrés, ont été transformés en démoniaques et adorateurs du diable. Vêtu des dépouilles de ses victimes, le prêtre chrétien d’aujourd’hui fulmine l’anathème contre elles, en faisant usage de rites et de cérémonies qui lui ont été enseignés par les théurgistes eux-mêmes. La Bible Mosaïque sert d’arme contre ceux qui l’ont écrite. Le philosophe païen est maudit sous le toit qui fut témoin de son initiation ; et le « singe de Dieu » (c’est-à-dire le diable de Tertullien) « le créateur et le fondateur de la théurgie magique, la science de l’illusion et du mensonge, dont le père et l’auteur est le démon », est exorcisé avec de l’eau bénite par la main qui brandit le même lituus (193c), avec lequel l’ancien augure, après une prière solennelle, déterminait les régions du ciel et évoquait, au nom du Très Haut, le dieu mineur (qu’on nomme aujourd’hui le Diable) qui devait dévoiler l’avenir à ses yeux, et lui permettre de prophétiser ! De la part des Chrétiens et du clergé, ce n’est que honteuse ignorance, parti-pris, et un orgueil méprisable (si hardiment pris à partie par un des leurs, le Révérend Ministre T. Gross) (194c), qui s’élève contre toute recherche, en la taxant « d’œuvre criminelle et inutile, lorsqu’il est à craindre qu’elle ait pour résultat le renversement de croyances pré-établies ». De la part de la science, c’est la même crainte de se voir dans l’obligation de modifier quelques-unes de ses théories basées sur des données fausses. « Seul, le misérable parti pris », dit Gross, « est capable de dénaturer à ce point la théologie païenne, et d’avoir faussé, que dis-je, caricaturé les formes de son culte religieux. II est temps que la postérité élève la voix pour revendiquer la vérité violée, et que le siècle actuel fasse preuve d’un peu de ce bon sens dont il s’enorgueillit avec autant de satisfaction intérieure que si le privilège de la raison était le droit d’aînesse des temps modernes seulement ».
Tout cela nous met sur la voie de la véritable cause de la haine que les Chrétiens primitifs et ceux du Moyen Age avaient pour leurs frères païens et dangereux rivaux. On ne hait que ce que l’on craint. Une fois que les thaumaturges chrétiens eurent rompu tout contact avec les Mystères des temples, et avec « ces écoles si renommées pour la magie », décrites par saint Hilaire() (195c), ils ne pouvaient guère s’attendre à rivaliser avec les faiseurs de miracles païens. Aucun apôtre n’est arrivé à la hauteur d’Apollonius de Tyane, sauf, peut-être, en ce qui concerne le pouvoir mesmérique de guérir, et le scandale déchaîné parmi les apôtres par le faiseur de miracles, Simon le Magicien, est trop connu pour être répété ici. « Comment se fait-il », dit saint Justin martyr, évidemment intimidé, « comment se fait-il que les talismans d’Apollonius (τελεσματα) ont un pouvoir sur certains objets de la création, car comme nous le constatons, ils calment la fureur des vagues et la violence du vent, ainsi que les attaques des bêtes sauvages ; et tandis que les miracles de Notre Seigneur ne nous ont été conservés que par la tradition, ceux d’Apollonius sont plus nombreux et se manifestent vraiment par des faits capables de désorienter tous les spectateurs (196) » ? Ce martyre embarrassé résout le problème en attribuant, avec raison, l’efficacité et le pouvoir des charmes employés par Apollonius, à sa connaissance profonde des sympathies et des antipathies (ou répugnances) de la nature.
Incapables de nier la supériorité évidente du pouvoir de leurs ennemis, les Pères eurent recours à la méthode ancienne, mais toujours couronnée de succès – la calomnie. Ils honorèrent les Théurgistes avec la même calomnie insinuante que celle pratiquée par les Pharisiens contre Jésus.
« Tu as un Démon » lui dirent les Anciens de la Synagogue juive. « Tu as le Diable », répétèrent les Pères astucieux, avec la même dose de vérité en s’adressant au thaumaturgiste païen ; et c’est ainsi que l’accusation criée par-dessus les toits, érigée par la suite en un article de foi, l’emporta.
Mais les héritiers modernes de ces faussaires ecclésiastiques, qui attribuent la magie, le spiritisme et même le magnétisme, à l’œuvre d’un démon, oublient les classiques, ou peut-être ne les ont jamais lus. Aucun de nos fanatiques n’a jamais regardé avec plus de dédain les abus de la magie, que ne l’ont fait jadis les véritables initiés. Aucune loi moderne ou médiévale n’a été plus sévère que celle des anciens hiérophantes. Certes, ces derniers faisaient preuve de plus de discernement, de charité et de justice que le clergé chrétien ; car, s’ils bannissaient le sorcier « inconscient », la personne possédée d’un démon, hors des limites sacrées du sanctuaire, au lieu de le brûler sans merci, les prêtres prenaient soin du malheureux « possédé ». Comme il y avait des hôpitaux expressément bâtis à cet effet aux environs des temples, si l’ancien « médium » était possédé, on en prenait soin et on le guérissait. Mais pour celui qui, au moyen de sorcellerie consciente, avait acquis des pouvoirs qui mettaient ses semblables en danger, les prêtres de jadis étaient aussi sévères que la justice elle-même. « Toute personne accidentellement coupable d’homicide, ou d’un crime quelconque, ou convaincue de sorcellerie, était exclue des Mystères Eleusiniens (197). » Et il en était de même pour tous les autres Mystères. Cette loi, mentionnée par tous les écrivains sur les anciennes initiations, parle en elle-même. La prétention de saint Augustin, que toutes les explications fournies par les Néo-Platoniciens étaient inventées par eux de toutes pièces est parfaitement absurde ; car presque toutes les cérémonies dans leur ordre véritable et successif sont mentionnées par Platon d’une façon plus ou moins voilée. Les Mystères sont vieux comme le monde, et celui qui est au courant des mythologies ésotériques des différentes nations peut en suivre la trace en arrière jusqu’à l’époque anté-védique de l’Inde. La vertu la plus stricte et la plus grande pureté sont exigées, aux Indes, du Vatou, ou Candidat, avant de pouvoir prétendre à l’initiation, que ce soit pour devenir un simple Fakir, un Pourohita (prêtre public) ou un Sannyâsi, un saint du second degré d’initiation, la plus sainte et la plus vénérée entre toutes. Après sa victoire dans les terribles épreuves qui précèdent son admission au temple intérieur des cryptes souterraines de sa pagode, le Sannyâsi passe le reste de sa vie dans le temple, en pratiquant les quatre-vingt-quatre règles et les dix vertus assignées aux Yoguis.
« Quiconque n’a pratiqué, pendant toute sa vie, les dix vertus que le divin Manou exige comme un devoir, ne peut être initié aux Mystères du Concile », dit le livre hindou de l’initiation.
Ces vertus sont : « la Résignation ; l’acte de rendre le bien pour le mal ; la tempérance ; la probité ; la pureté ; la chasteté ; la répression des sens physiques ; la connaissance des Saintes Ecritures ; celle de l’âme [esprit] Supérieure ; le culte de la vertu ; et l’abstinence de la colère (198c). » Ces vertus seules doivent diriger la vie d’un véritable Yogui. « Aucun adepte indigne ne devrait souiller par sa présence les rangs des saints initiés pendant vingt-quatre heures. » L’adepte est tenu pour coupable s’il viole, une seule fois, un de ces vœux. Certes, la pratique de telles vertus est incompatible avec la notion d’un culte du diable ou d’une vie de débauches !
Nous allons, maintenant, essayer de donner un aperçu clair et précis d’un des buts principaux de cet ouvrage. Ce dont nous voulons établir la preuve, c’est qu’à la base de chaque ancienne religion populaire, se trouve la même ancienne doctrine-sagesse, unique et toujours la même, professée et pratiquée par les initiés de tous pays, lesquels étaient seuls au courant de son existence et de son importance. Il serait aujourd’hui humainement impossible d’en déterminer l’origine et de fixer l’époque exacte où elle a atteint son développement. Toutefois, un seul coup d’œil nous fera voir qu’elle n’a pu atteindre la perfection surprenante où nous la rencontrons dans les restes des divers systèmes ésotériques, sinon après une succession de siècles sans nombre. La profondeur de sa philosophie, la noblesse de son code de morale, ses résultats pratiques si concluants et ses preuves si uniformes, ne sont pas le produit d’une seule génération, ou même d’une seule époque. Il faut que les faits aient été entassés sur les faits, que les déductions soient venues s’ajouter les unes aux autres, que la science ait engendré la science et des myriades d’intelligences humaines les plus éclairées aient approfondi les lois de la nature, pour que cette antique doctrine ait pris une forme concrète. La preuve de l’identité fondamentale des anciennes religions se reconnaît dans la persistance d’un système d’initiation ; dans celle des castes sacerdotales secrètes gardiennes des puissantes paroles mystiques, et dans les manifestations publiques du contrôle sur les forces naturelles, preuve évidente d’un rapport avec les êtres surhumains. Toute approche aux Mystères de toutes nations était gardée avec un soin jaloux, et toutes les disciplines condamnaient impitoyablement à mort l’initié de n’importe quel degré qui divulguait les secrets qui lui avaient été confiés. Nous avons vu que tel était le cas dans les Mystères Eleusiniens et Bachiques, chez les Mages Chaldéens, et chez les Hiérophantes égyptiens ; la même loi prévaut depuis un temps immémorial chez les Hindous, de chez qui tous ces Mystères sont dérivés. Il n’y a pas de doute à ce sujet, car la Agroushada Parikshai dit explicitement : « Tout initié, à quelque degré qu’il appartienne, qui aura révélé la grande formule sacrée, sera mis à mort ».
Il s’en suit tout naturellement que ce châtiment extrême fut adopté par toutes les nombreuses sectes et confraternités qui naquirent de l’ancienne souche, à différentes époques. Nous le constatons chez les Esséniens primitifs, les Gnostiques, les Néo-Platoniciens et les Philosophes du Moyen Age ; et de nos jours encore, les Francs-Maçons ont perpétué le souvenir des anciennes obligations dans les menaces de trancher la gorge, de démembrer et d’arracher les entrailles, du candidat en cas de trahison. De même que le « mot de Maître » maçonnique est communiqué à « voix basse », de même aussi cette précaution est exigée, dans le Livre des Nombres chaldéen et la Mercaba juive. Après avoir reçu l’initiation, le Néophyte était mené par un des Anciens dans un endroit retiré, et là on lui murmurait à l’oreille le grand secret (199). Le Franc-Maçon prête serment, sous les peines les plus sévères, de ne communiquer les secrets de quelque degré que ce soit « à un frère d’un degré inférieur » ; et l’Agroushada Parikshai dit : « L’initié du troisième degré qui révélerait, avant le temps voulu, les vérités supérieures aux initiés du second degré, sera mis à mort. » L’apprenti Maçon consent, de même, à ce qu’on lui « arrache la langue », s’il divulgue quoi que ce soit à un profane ; et dans les ouvrages hindous de l’initiation, le même Agroushada Parikshai, nous lisons que tout initié du premier degré (le plus bas) qui trahirait les secrets de son initiation à des membres d’autres castes, pour qui la science doit être un livre fermé, aurait « la langue coupée » et subirait d’autres mutilations.
Nous mettrons en relief, par la suite, les preuves de l’identité des vœux, des formules, des rites et des doctrines entre les anciennes croyances. Nous démontrerons aussi que non seulement leur souvenir a été perpétué en Inde, mais que l’Association Secrète est aussi vivante et aussi active que jamais. Après avoir lu ce que nous avons à dire, on reconnaîtra que le suprême pontife et hiérophante, le Brahmâtma, est encore accessible à « ceux qui savent », bien qu’il soit probablement connu sous un autre nom et que les ramifications de son influence s’étendent par tout le monde. Mais revenons maintenant à la période chrétienne primitive.
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