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CRIMES CHRETIENS ET VERTUS PAIENNES – Partie 7

Que des hommes comme Plotin, Porphyre, Jamblique, Apollonius et même Simon le Magicien, soient accusés d’avoir fait un pacte avec le Diable, que ce personnage existe ou non, paraît si absurde, qu’il ne vaut pas la peine de le réfuter. Si Simon le Magicien – le plus problématique de tous au point de vue historique – a jamais existé autre part que dans l’imagination enfiévrée de saint Pierre() et des autres apôtres, il n’était certes pas plus mauvais que n’importe lequel de ses adversaires. Une différence de point de vue religieux, quelque grande qu’elle soit, n’est pas suffisante en elle-même, pour envoyer un des adversaires au ciel et l’autre en enfer. Ces doctrines autoritaires et peu charitables ont pu être enseignées au moyen âge ; mais il est trop tard aujourd’hui, même pour l’Eglise, de mettre en avant ce traditionnel épouvantail. Les recherches commencent à nous faire entrevoir ce qui, si l’on parvient à en établir la preuve, jettera un blâme éternel sur l’Eglise de l’apôtre Pierre() ; et l’attribution de celle-ci à ce disciple doit être considérée comme une des assertions les moins vérifiées et les moins vérifiables du clergé catholique.

Le savant auteur de Supernatural Religion (173) cherche assidûment à prouver que par Simon le Magicien, nous devons entendre l’apôtre Paul(), dont les Epîtres furent secrètement et ouvertement calomniées par saint Pierre() et accusées de contenir des « enseignements dysnoétiques« . L’apôtre des Gentils était courageux, franc, sincère et très savant ; l’apôtre de la Circoncision était lâche, cauteleux, hypocrite et très ignorant. Que saint Paul ait été, du moins en partie, sinon tout à fait, initié aux mystères théurgiques, ne fait aucun doute. Son langage, la phraséologie si particulière aux philosophes grecs, certaines expressions utilisées par les seuls initiés, sont tous des signes certains pour étayer cette supposition. Nos soupçons ont été renforcés par un article fort bien écrit, paru dans un journal de New-York intitulé, « Paul() et Platon (174c) », dans lequel l’auteur émet quelques observations remarquables, et pour nous, fort précieuses. Dans son Epître aux Corinthiens, il nous fait voir Paul() abondant en « expressions suggérées par les initiations aux mystères de Sabazius et d’Eleusis, et les enseignements des philosophes [grecs]. Il [saint Paul] se donne comme un idiôtês c’est-à-dire une personne ignorante en ce qui concerne le Verbe, mais non pas dans la gnose ou connaissance philosophique.

« Nous discourons de la sagesse parmi les parfaits, ou initiés, écrit-il ; non la sagesse de ce monde, ni celle des Archontes de ce monde, mais la sagesse divine dans un mystère secret – qu’aucun des Archontes de ce monde n’a connue (175). »

Que prétend l’apôtre donner à entendre par ces paroles claires et non équivoques, sinon que, lui-même, faisant partie des mystoe (initiés) discourait de choses exposées, et expliquées seulement dans les Mystères ? La « sagesse divine dans un mystère qu’aucun des Archontes de ce monde n’a connue » se réfère, sans aucun doute, au basileus de l’initiation éleusinienne qui, lui, savait. Le basileus faisait partie de la suite du grand hiérophante, et était Archonte d’Athènes ; en cette qualité il était un des principaux mystoe, appartenant aux Mystères intérieurs auxquels un nombre fort restreint et choisi était seul admis (176). Les magistrats qui dirigeaient les Eleusinies étaient appelés Archontes.

Nous voyons une nouvelle preuve que Paul() faisait partie du cercle des « Initiés », dans le fait suivant. L’apôtre se fit tondre la tête à Chenchrea (où fut initié Lucius Apuleius) parce qu’il « avait fait un vœu ». Les nazars – ou les mis à part – ainsi que nous le lisons dans les Ecritures juives, devaient se faire couper les cheveux, qu’on portait longs, et qu’ « aucun rasoir ne devait toucher » à un autre moment, et les sacrifier sur l’autel de l’initiation. Les nazars étaient une classe des théurgistes chaldéens. Nous donnerons plus loin la preuve que Jésus en faisait partie.

Saint Paul déclare que : « Selon la grâce de Dieu qui m’a été donnée, j’ai posé les fondations comme un sage architecte (177). »

Cette expression, architecte, qui n’est employée qu’une seule fois dans toute la Bible, et cela par Paul(), doit être considérée comme une véritable révélation. La troisième partie des rites sacrés dans les Mystères se nommait Epopteia, ou révélation, la réception aux secrets. En substance, elle fait allusion à ce degré de clairvoyance divine, quand tout ce qui touche à ce monde disparaît, la vue terrestre étant paralysée, et l’âme pure et libre, s’unit à son Esprit, ou Dieu. Mais la véritable signification de ce mot est « surveillant », de οπτομαι, je me vois. En sanscrit le mot avâpta a la même signification, et aussi celle d’obtenir (178). Le mot epopteia est un mot composé de Επὶ, sur et ὸπτομαι, voir, surveiller, employé aussi dans le sens d’architecte. Le titre de Maître-Maçon dans la Franc-Maçonnerie, en dérive, dans le sens qu’il avait dans les Mystères. Par conséquent, lorsque Paul() dit qu’il est un « architecte », il se sert d’une expression éminemment cabalistique, théurgique et maçonnique, qu’aucun des autres apôtres n’eût employée. Il avoue, par cela, qu’il est un adepte, ayant le droit d’initier les autres.

Si nous faisons des recherches dans ce sens, sous la direction de ces guides très sûrs, les Mystères Grecs et la Cabale, il n’est pas difficile de trouver la raison secrète, pourquoi saint Paul était haï par saint Pierre(), saint Jean(p) et saint Jacques(), et persécuté par eux. L’auteur de l’Apocalypse était un cabaliste juif, pur-sang, avec toute la haine des Mystères qu’il avait héritée de ses ancêtres (179). Du temps de Jésus, sa jalousie se porta jusque sur Pierre() ; et ce ne fut qu’après la mort de leur maître que nous voyons les deux apôtres – dont le premier ceignit la Mitre et le Pétalon des Rabbins Juifs – prêcher avec tant de zèle le rite de la circoncision. Aux yeux de Pierre(), saint Paul qui l’avait humilié, et qu’il sentait être si supérieur à lui en « connaissances grecques » et en philosophie, devait naturellement apparaître comme un magicien, un homme souillé de la « Gnose », de la « sagesse » des Mystères grecs, et par conséquent, qui sait ? comme « Simon le Magicien (180c) ».

Quant à Pierre(), la critique biblique a déjà démontré qu’il n’a probablement rien eu à faire avec la fondation de l’Eglise latine à Rome, sauf en ce qu’il a fourni le prétexte dont le rusé Irenee a profité pour faire bénéficier cette Eglise du nouveau nom de l’apôtre, Petras ou Kephas, nom qui se prêtait si bien, en jouant avec les mots, pour l’associer à celui de Petroma, le double jeu de tablettes de pierre employées par le hiérophante aux initiations, dans le mystère final. C’est peut-être là-dessus que repose tout le secret des prétentions du Vatican. Ainsi que le remarque fort à propos le professeur Wilder : « Dans les pays orientaux, la désignation רתפ Peter [en phénicien et en chaldéen, un interprète] paraît avoir été le titre de ce personnage [le hiérophante]… Il y a dans ces faits une réminiscence des circonstances particulières de la Loi Mosaïque… ainsi que la prétention du Pape d’être le successeur de Pierre(), le hiérophante ou interprète de la Religion chrétienne (181). »

Dans cette qualité, nous devons lui reconnaître, jusqu’à un certain point, le droit d’être un tel interprète. L’Eglise latine a fidèlement conservé dans ses symboles, ses rites, ses cérémonies, son architecture, et même dans l’accoutrement de ses prêtres, la tradition du culte païen – des cérémonies publiques ou exotériques cela va sans dire ; autrement, ses dogmes feraient preuve de plus de bon sens, et renfermeraient moins de blasphèmes envers la majesté du Dieu Suprême et Invisible.

Une inscription trouvée sur le tombeau de la Reine Mentuhept, de la onzième dynastie (2.250 avant J.-C.) qu’on a reconnue avoir été transcrite du dix-septième chapitre du Livre des Morts (datant d’au moins 4.500 avant J.-C.) est encore plus suggestive. Ce texte monumental contient un groupe d’hiéroglyphes qui, interprétées, donnent

PTR. RF. SU.

Peter. Ref. Su.

Le Baron Bunsen nous fait voir cette formule sacrée mélangée à toute une série de commentaires et d’interprétation diverses, sur un monument âgé de quarante siècles. « Cela équivaut à dire que la mention (la véritable interprétation) n’était déjà plus intelligible à cette époque… Nous voulons par cela faire entendre au lecteur, ajoute-t-il, qu’un texte sacré, un hymne, reproduisant les paroles d’un esprit désincarné, existait en cet état il y a environ 4.000 ans… au point d’être à peu prés inintelligible pour les scribes royaux (182). »

Qu’elle fût inintelligible pour les non-initiés parmi ceux-ci, est aussi certain, en lisant les commentaires confus et contradictoires, qu’elle était une « parole mystérieuse » connue seulement des hiérophantes du sanctuaire, et de plus, un mot choisi par Jésus, pour désigner l’office qu’il attribue à un de ses apôtres. Ce mot PTR n’a été interprété qu’en partie, à la suite d’un autre mot écrit dans un autre groupe d’hiéroglyphes, sur une stèle, le signe qui le représente étant un œil ouvert (183). Bunsen donne encore une autre signification à PTR, qui serait « Montrer ». « Il me semble, ajoute-t-il, que le PTR est littéralement l’ancien mot Aramique et Hébreu, « Patar » qui figure dans l’histoire de Joseph() comme le mot spécifique pour interprète ; de là, par conséquent, Pitrun doit être l’interprétation d’un texte, d’un songe (184). » Dans un manuscrit du Ier siècle, combinaison de textes grec et démotique (185), et probablement un des rares ouvrages qui échappèrent aux vandales chrétiens des IIème et IIIème siècles, lorsque tous ces précieux manuscrits furent brûlés sous l’inculpation de magie, nous trouvons répétée, à plusieurs reprises, une expression qui, peut-être, va jeter un peu de lumière sur le sujet. Un des principaux héros du manuscrit, qu’on nomme toujours « l’Illuminateur Juif », ou Initié, Τελειωτὴς, n’est censé communiquer qu’avec son Patar ; ce dernier mot étant écrit en caractères chaldéens. Ce mot est associé, une fois, avec le nom de Shimeon.

« L’Illuminateur », qui interrompt rarement sa solitude contemplative, nous est montré, plusieurs fois, habitant une Κρύπτη (caverne) et enseignant, non pas oralement, mais par l’entremise de ce Patar, une multitude de disciples avides d’apprendre, et qui se tiennent au dehors. Le Patar écoute les paroles de sagesse en appliquant son oreille à un trou percé dans la cloison qui cache l’instructeur à son auditoire et les transmet à la foule, en les commentant et en les expliquant. Cela était, à peu de chose près la méthode adoptée par Pythagore, lequel, d’après ce que nous savons, ne permettait pas aux néophytes de le voir pendant les années de probation, mais il les instruisait depuis derrière un rideau qui fermait l’entrée de sa caverne.

Que « l’Illuminateur » du manuscrit gréco-démotique ait été identifié avec Jésus ou non, le fait reste acquis, que nous le voyons se servir d’un terme usité dans les « Mystères » pour désigner celui que, plus tard, l’Eglise catholique élève au rang de Janitor du Royaume des Cieux et d’interprète de la volonté du Christ. Le terme Patar ou Peter place d’emblée le maître et le disciple dans le cercle de l’initiation et les met en rapport avec la « Doctrine Secrète ». Le grand hiérophante des anciens mystères ne permettait jamais aux candidats de le voir ou de l’entendre en personne. Il était le Deus-ex-Machina, la Divinité invisible qui préside, transmettant sa volonté et ses instructions par un intermédiaire ; et deux mille ans plus tard, nous constatons que les Dalaï-Lamas du Tibet ont suivi ce programme traditionnel dans les mystères religieux les plus solennels du lamaïsme. Si Jésus connaissait la signification occulte du titre qu’il décerna à Simon, alors il a dû être un initié ; autrement il ne l’eût pas connu ; et s’il était un initié des Essénes Pythagoriciens, des Mages chaldéens, ou des Prêtres égyptiens, la doctrine qu’il enseigna était une parcelle de la « Doctrine Secrète » révélée par les hiérophantes païens à quelques adeptes choisis, admis dans les sanctuaires sacrés.

Nous en reparlerons plus loin. Pour le moment nous allons indiquer sommairement l’extraordinaire ressemblance, nous devrions plutôt dire, l’identité, des rites et des vêtements de cérémonie du clergé chrétien, avec ceux des babyloniens, des assyriens, des phéniciens, des égyptiens, et d’autres païens de la plus haute antiquité.

Si nous voulons avoir le modèle de la tiare papale, il faut le chercher dans les anciennes tablettes assyriennes. Nous renvoyons le lecteur à l’ouvrage illustré du Dr Inman intitulé : Ancient Pagan and Modern Christian symbolism. À la page 64, il reconnaîtra sans peine la coiffure du successeur de saint Pierre() dans celle portée par les dieux ou les anges de l’antique Assyrie « où elle figure couronnée par l’emblème de la Trinité mâle » (La Croix chrétienne). « Disons, en passant », ajoute le Dr Inman, « que, de même que les catholiques romains adoptèrent la mitre et la tiare « de la race damnée de Cham », de même aussi ils adoptèrent la crosse épiscopale des augures étruriens, et la forme artistique qu’ils prêtent à leurs anges, fut empruntée aux peintres et aux fabricants d’urnes de la Grande Grèce et de l’Italie Centrale ».

Si nous poussons plus loin nos recherches et que nous cherchions à connaître l’origine du nimbe et de la tonsure des prêtres et des moines catholiques (186), nous trouverions des preuves irréfutables que ce sont des emblèmes solaires. Knight, dans son Old England ; a Pictorial Museum reproduit un dessin de saint Augustin, représentant un ancien évêque chrétien, dans un accoutrement probablement identique à celui porté par le grand « saint » en personne. Le pallium ou ancienne étole épiscopale est le signe féminin lorsqu’il est porté par le prêtre officiant. Sur la gravure de saint Augustin, il est couvert de croix bouddhiques et l’ensemble de son apparence est une copie du T égyptien (le Tau) prenant un peu la forme d’un Y. « La pointe inférieure…, dit Inman, est la marque de la triade masculine ; l’index de la main droite [du sujet] est étendu, comme le faisaient les prêtres assyriens, lorsqu’ils rendaient hommage au bois… Lorsqu’un homme endosse le pallium au cours du culte, il devient le représentant de la Trinité dans l’unité, le arba, ou le quaternaire mystique (187) ».

« Immaculée est Notre Dame Isis », est la légende qui entoure une gravure de Sérapis et d’Isis, décrite par King(), dans The Gnostics and their Remains, Ή ΚΥΡΙΑ ΙСΙС ΑΓΝΗ… « Ce sont les termes identiques qui furent, par la suite, appliqués au personnage (la Vierge Marie) qui lui succéda et prit ses titres, ses symboles, ses rites et ses cérémonies… Ainsi, ses adhérents reportèrent sur les nouveaux prêtres les anciens signes de leur profession, le célibat, la tonsure et le surplis, en omettant, malheureusement, les fréquentes ablutions prescrites par l’ancien culte ». « Les « Vierges Noires » si vénérées dans quelques cathédrales françaises durant la longue nuit du moyen âge ont été reconnues, après examen critique, n’être que des statues d’Isis sculptées dans du basalte (188) ! »

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