CRIMES CHRETIENS ET VERTUS PAIENNES – Partie 1
« Ils prétendent connaître, à l’échelle des milles, les limites, les dimensions et l’étendue de l’enfer,
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Où les âmes impures sont suspendues pour être fumées comme des jambons et des langues de Westphalie, et qu’on rachète au moyen d’une messe ou d’une chanson. »
Oldham, Satire sur les Jésuites, 1678.
« York. Mais vous êtes encore plus inhumains, plus inexorables,
Oui, dix fois plus – que des tigres d’Hyrcanie. »
Shakespeare, Henry VI, 3ème partie, acte I, scène IV.
« War. Ecoutez, Messieurs, parce que c’est une femme
N’épargnez pas les fagots, qu’il y en ait beaucoup ;
Placez des tonneaux de poix sur le bûcher fatal.
Pour abréger son supplice.
Shakespeare, Henry VI, 1ère partie, acte V, scène IV.
Bodin, dans son célèbre ouvrage sur la sorcellerie (109) raconte une histoire effrayante au sujet de Catherine de Medicis. L’auteur était un savant publiciste, qui pendant vingt années de sa vie, collectionna des documents authentiques dans les archives de presque toutes les plus importantes villes de France, afin d’écrire un ouvrage très complet sur la sorcellerie, la magie et le pouvoir de divers « démons ». D’après une expression d’Eliphas Levi, son livre présente une collection surprenante de « faits sanglants et hideux ; des actes de superstition la plus révoltante, d’arrestations et d’exécutions commises avec une férocité stupide. Brûlez tout le monde, semblait dire l’Inquisition – Dieu retrouvera facilement les siens ! Pauvres diables, femmes hystériques et malheureux idiots, tous furent brûlés vifs sans merci, sous l’accusation de « Magie ». Mais en même temps, combien de misérables coupables échappèrent à cette Justice injuste et sanguinaire. Voilà ce que Bodin nous fait apprécier dans son livre (110). »
Catherine, la pieuse Catherine de Medicis – celle qui mérita les éloges de l’Eglise du Christ pour l’atroce et inoubliable massacre de la Saint-Barthélemy – la Reine Catherine avait à son service un prêtre jacobin apostat. Très versé dans la magie, et sous le patronage de la famille des Médicis, il s’était acquis la gratitude et la protection de sa pieuse maîtresse, par sa maîtrise incomparable de faire mourir les personnes à distance en torturant leurs effigies de cire avec diverses incantations. Le procédé a été souvent décrit, nous n’y reviendrons pas.
Charles (IX) se mourait d’une maladie incurable. La Reine Mère qui avait tout à perdre par suite de son décès, décida d’avoir recours à la nécromancie et de consulter l’oracle de la « tête sanglante ». Cette opération infernale exigeait la décapitation d’un enfant qui devait être pur et beau. Il avait été préparé en secret pour sa première communion par le chapelain du palais qui était au courant du projet, et à minuit du jour fixé, dans la chambre du mourant, en présence seulement de Catherine et de quelques complices, la « messe du diable » fut célébrée. Nous donnons la suite telle que nous la trouvons dans un des ouvrages d’Eliphas Levi. « Pendant cette messe, célébrée devant l’image du démon, ayant sous ses pieds une croix renversée, le sorcier consacra deux hosties, une blanche et une noire. L’hostie blanche fut administrée à l’enfant, qu’on amena vêtu de blanc comme pour le baptême, et qui fut égorgé sur les marches de l’autel à l’instant même où il reçut la communion. La tête fut tranchée d’un seul coup, placée toute sanglante et palpitante sur la grande hostie noire qui recouvrait le fond de la patène, et mise sur la table où brûlaient quelques lampes mystérieuses. À ce moment commença l’exorcisme, et le démon fut sommé de prononcer un oracle et de répondre par la bouche de cette tête d’enfant, à une question secrète que le roi n’osait pas faire à haute voix, et qui n’avait été confiée à âme qui vive. Alors, une faible et étrange voix, qui n’avait rien d’humain, se fit entendre dans la bouche du pauvre petit martyr. » La sorcellerie ne servit à rien ; le roi mourut, et – Catherine demeura néanmoins la pieuse et fidèle servante de l’Eglise de Rome !
Il est étrange que des Mousseaux, qui fit de copieux emprunts dans les matériaux de Bodin pour échafauder sa formidable accusation contre les spirites et autres sorciers, ait laissé passer inaperçu cet intéressant épisode.
C’est un fait avéré que le Pape Sylvestre II fut publiquement accusé par le cardinal Benno, de s’adonner à la sorcellerie et aux enchantements. La « tête oraculaire » que Sa Sainteté fit couler en bronze, était de même nature que celle fabriquée par Albertus Magnus (Albert le Grand). Celle-ci fut brisée par saint Thomas d Aquin non parce qu’elle était l’œuvre d’un « démon » ou qu’elle fut habitée par lui, mais parce que l’esprit qui résidait à l’intérieur parlait sans cesse, par la puissance mesmérique, et que ce verbiage empêchait le saint de s’adonner à ses problèmes mathématiques. Ces têtes et autres statues parlantes, trophées de l’habileté magique de quelques moines et évêques, étaient des copies des dieux animés des temples de l’antiquité. L’accusation contre le pape fut prouvée, voire même qu’il était constamment en compagnie de « démons » ou d’esprits. Dans le chapitre précédent, nous avons parlé de Benoit IX, Jean XX et Gregoire VI et Gregoire_VII, qui, tous, passaient pour être des magiciens. Ce dernier pape était le célèbre Hildebrand qu’on disait pouvoir « faire sortir l’éclair de sa manche ». Cette expression fait croire à M. Howitt, le vénérable écrivain spirite, « qu’elle est l’origine des célèbres foudres du Vatican (111) ».
Les exploits magiques de l’Evêque de Ratisbonne et ceux de « l’angélique docteur », saint Thomas d Aquin, sont trop bien connus pour être relatés ici ; mais il n’est pas inutile d’expliquer comment les « illusions » de celui-là furent produites. Si l’évêque catholique était assez habile pour faire croire à ses sujets pendant une nuit d’hiver mordante, qu’ils jouissaient de la température délicieuse d’un jour d’été et que les glaçons qui pendaient aux branches des arbres dans le jardin étaient autant de fruits tropicaux, les magiciens hindous pratiquent encore de nos jours des pouvoirs biologiques analogues, mais sans se prévaloir de l’aide de dieu ou du diable. Les « miracles » de cette nature sont tous le produit de la même force humaine, inhérente en chaque individu, si seulement il apprend à la développer.
L’étude de l’alchimie et de la magie s’était développée, au moment de la Réformation, parmi le clergé, au point de créer un grand scandale. Le cardinal Wolsey fut ouvertement accusé devant la cour et le conseil privé, de complicité avec un sorcier nommé Wood, qui affirma que : « Monseigneur le cardinal possédait un anneau en vertu duquel tout ce qu’il demandait à sa grâce le Roi, il l’obtenait ; et il ajouta que : Messire Cromwell lorsqu’il… était domestique dans la maison de Monseigneur le Cardinal… lut beaucoup de livres et surtout le livre de Salomon… qu’il étudia les métaux et les vertus qu’ils possédaient suivant le canon de Salomon. » On trouve la relation de ce cas, ainsi que beaucoup d’autres tout aussi curieux, dans les papiers de Cromwell au Bureau des Annales de la Rolls House (112).
On arrêta sous l’accusation de sorcellerie, pendant le règne d’Henri VIII, un prêtre, nommé William Stapleton, et le récit de ses aventures est encore conservé dans les annales de la Rolls House. Le prêtre sicilien que Benvenuto Cellini taxe de nécromancien devint célèbre par ses évocations, couronnées de succès et ne fut jamais inquiété. Son étonnante aventure en compagnie de Cellini dans le Colisée, où le prêtre évoqua toute une horde de démons, est bien connue des bibliophiles. La rencontre subséquente de Cellini et de sa maîtresse, amenée par le sorcier et prédite par lui, à l’heure qu’il avait fixée, sera sans doute considérée comme une « curieuse coïncidence (113) ». Dans les dernières années du XVIème siècle, il n’y avait presque pas de paroisse dans laquelle les prêtres ne s’adonnaient pas à l’étude de la magie et de l’alchimie. Les exorcismes pour chasser les démons, « à l’imitation du Christ », qui, soit dit en passant, n’en pratiqua jamais, amena le clergé à faire usage ouvertement de la magie « sacrée » par opposition à la magie noire, crime dont on accusait tous ceux qui n’étaient ni prêtres ni moines.
Les connaissances occultes, jadis glanées par l’Eglise Romaine dans les champs naguère fertiles de la théurgie, connaissances qu’elle conservait pour son usage personnel, n’envoyant au bûcher que les praticiens qui « braconnaient » sur ses terres gardées de la Scientia Scientiarum, et dont les péchés ne pouvaient être cachés sous le froc monacal. Nous en avons la preuve dans l’histoire. « Au cours de seulement quinze années, entre 1580 et 1595, et dans la seule province de Lorraine, le Président Rémigius fit brûler 900 sorcières », dit Thomas Wright, dans son Sorcery and Magic (114). Ce fut à cette époque fertile en meurtres ecclésiastiques, d’une cruauté et d’une férocité inouïes, que Jean Bodin écrivit ses mémoires.
Tandis que le clergé orthodoxe évoquait des légions entières de « démons » par ses incantations magiques, sans être molesté par les autorités, pourvu qu’il ne se départît pas des dogmes établis et ne se rendit pas coupable d’hérésie, des actes de férocité incroyable étaient accomplis d’autre part, sur de pauvres naïfs sans défense. Gabriel Malagrida, un vieillard de quatre-vingts ans, fut brûlé par ces énergumènes évangéliques en 1761. Le récit de son procès, traduit de l’édition de Lisbonne, existe à la Bibliothèque d’Amsterdam. Il était accusé de sorcellerie et de rapports illicites avec le Diable, qui « lui avait révélé l‘avenir ». (?) La prophétie révélée par l’Ennemi au malheureux visionnaire jésuite est donnée dans les termes suivants : « Le coupable a confessé que le démon, sous la forme de la Sainte Vierge, lui ayant ordonné d’écrire la biographie de l’Antéchrist [?] lui dit, que lui, Malagrida, était un second saint Jean, mais plus clair que saint Jean l’Evangéliste ; qu’il devait y avoir trois Antéchrists, et que le dernier devait naître à Milan, d’un moine et d’une nonne en l’an 1920 ; qu’il épouserait Proserpine, une des furies de l’enfer (115) », etc.
La prophétie doit s’accomplir dans quarante-trois ans. Même si tous les enfants nés de moines et de nonnes devaient devenir des Antéchrists, si on les laissait grandir, ce fait serait beaucoup moins regrettable que les découvertes faites dans beaucoup de couvents où les fondations ont été remuées pour une raison ou pour une autre. Si nous ne devons pas ajouter foi à l’assertion de Luther, à cause de sa haine contre la papauté, nous devons faire mention des découvertes de même nature faites, tout récemment, en Autriche et dans la Pologne russe. Luther (116c) parle d’un vivier à Rome, situé près d’un couvent de nonnes, lequel ayant été mis à sec par ordre du Pape Gregoire, mit à jour dans le fond, plus de six mille crânes d’enfants ; un couvent de nonnes à Neinburg, Autriche, cachait dans ses fondations, lorsque celles-ci furent mises à nu, les mêmes reliques du célibat et de la chasteté !
Ecclesia non novil Sanguinem ! murmuraient humblement les cardinaux vêtus de pourpre. Et, afin d’éviter l’effusion de sang, qu’ils avaient en horreur, ils instituèrent la Sainte Inquisition. Si, suivant ce qu’affirment les occultistes, et ce que la science confirme à demi, nos actes et nos pensées les plus insignifiants sont imprimés d’une façon indélébile sur le miroir éternel de l’éther astral, il doit y avoir, quelque part dans le royaume infini de l’univers invisible, l’impression d’une image fort curieuse. C’est celle d’un somptueux étendard flottant dans la brise céleste, au pied du grand « trône blanc » du Tout-Puissant. Sur son champ écarlate on voit, d’un côté, une croix, symbole du « Fils de Dieu qui mourut pour l’humanité » et une branche d’olivier ; sur l’autre un glaive, la garde. Une légende, prise dans les Psaumes y est introduite en lettres dorées : Exurge Domine, et judica causa mean. C’est ainsi qu’apparaît l’étendard de l’Inquisition, sur une photographie en notre possession, prise sur l’original qui se trouve à l’Escurial de Madrid.
À l’ombre de cet étendard chrétien, et dans le bref espace de quatorze années, Thomas de Torquemada, confesseur de la Reine Isabelle, fit brûler plus de dix mille personnes, et condamna à la torture quatre-vingt mille autres. Orobio, l’écrivain bien connu, qui languit longtemps en prison, et échappa à grande peine aux bûchers de l’Inquisition, immortalisa cette institution dans ses ouvrages, une fois à l’abri et en liberté en Hollande. Il ne trouva pas de meilleur argument contre la Sainte Eglise, que d’embrasser la foi Judaïque, et alla jusqu’à se soumettre à la circoncision. Un auteur sur l’Inquisition dit que : « Dans la cathédrale de Saragosse, se trouve le tombeau d’un célèbre Inquisiteur. Six piliers l’entourent et à chacun d’eux un Maure est enchaîné, comme préparation à monter au bûcher pour être brûlé ». Sur ce, Saint Foix observe ingénument : « Si jamais le bourreau de n’importe quel pays devenait assez riche pour pouvoir se payer un tombeau grandiose, celui-ci pourrait certainement lui servir de modèle (117) »! Mais pour le compléter, les constructeurs du tombeau n’auraient garde d’oublier le bas-relief du célèbre cheval qui fut brûlé, lui aussi, pour sorcellerie et maléfice. Granger nous raconte l’histoire comme ayant eu lieu de son temps. Le pauvre animal « avait appris à indiquer le nombre de points sur des cartes à jouer, et l’heure à une montre. » Le cheval et son propriétaire furent accusés, tous deux, par le Saint Office, d’avoir fait un pacte avec le Diable, et ils furent brûlés comme sorciers en grande pompe d’autodafé à Lisbonne, en 1601 (118).
Cette institution immortelle du Christianisme ne fut pas sans avoir son Dante, pour chanter ses louanges. « Macedo, un Jésuite portugais, dit l’auteur de la Demonologia, a découvert l’origine de l’Inquisition dans le Paradis Terrestre, et il prétend que Dieu fut le premier à remplir les fonctions d’Inquisiteur contre Caïn et les ouvriers de la Tour de Babel (119) » !
Pendant le moyen âge, les arts de la magie et de la sorcellerie ne furent nulle part plus pratiqués par le clergé, qu’en Espagne et au Portugal. Les Maures étaient profondément versés dans les sciences occultes, et Tolède, Séville et Salamanque furent, à un moment donné, les grands centres pour l’étude de la magie. Les cabalistes de cette dernière ville étaient experts en matière de sciences abstraites ; ils connaissaient les vertus des pierres précieuses et autres minéraux et ils avaient appris tous les plus profonds secrets de l’alchimie.
Les documents authentiques relatifs au fameux procès de la Maréchale d’Ancre (Leonora Dori), pendant la régence de Marie de Medicis, révèlent que la malheureuse périt par la faute des prêtres, qu’en bonne Italienne qu’elle était, elle retenait auprès d’elle. Elle fut accusée de sorcellerie par le peuple de Paris parce qu’on avait affirmé qu’elle s’était servie, après une cérémonie d’exorcisme, de coqs blancs récemment tués. Se croyant toujours ensorcelée, et étant de santé fort délicate, la Maréchale se fit exorciser publiquement dans l’église des Augustins ; quant aux volatiles, elle s’en servit comme application sur le front, pour calmer de violentes douleurs de tête, remède que Montalto, le médecin juif de la reine et les prêtres italiens lui avaient conseillé.
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