COSMOGONIES ORIENTALES ET ANNALES BIBLIQUES – Partie 2
Pour le rendre plus clair, disons que le système babylonien admet, en premier lieu, l’UN (Ad ou Ad-ad) qu’on ne nomme jamais, mais qui est reconnu par la pensée, comme le Svayambhoû hindou. De celui-là il se manifeste comme Anu ou Ana, l’Unique au-dessus de tout, Monas. Vient ensuite le Démiurge nommé Bel ou El, qui représente la puissance active de la Divinité. Le troisième est le principe de la Sagesse, Hea ou Hoa, qui gouverne la mer et le monde inférieur. Chacun de ceux-ci a son épouse divine, qui nous donnent Anata, Belta et Davkina. Elles ne sont, toutefois, que comme les Shaktis et ne sont pas spécialement remarquées par les théologues. Mais le principe féminin est désigné par Mylitta, la Grande Mère, nommée aussi Ishtar. Ainsi avec les trois dieux mâles, nous avons une Triade ou Trimourti, et en y ajoutant Mylitta, l’Arba ou Quaternaire (la Tétraktys de Pythagore) qui rend le tout parfait et le potentialise. Nous avons ainsi les modes d’expression ci-dessus indiqués.
Le diagramme chaldéen ci-dessous qui peut servir pour illustrer tous les autres :
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Triade |
Anu
Bel Hoa |
Mylitta – Arba-il
ou Dieu quadruple |
devient chez les Chrétiens :
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Trinité
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Dieu le Père
Dieu le Fils Dieu le Saint-Esprit |
Marie, ou la mère de ces trois Dieux puisqu’ils ne font qu’un, ou la Tétraktys Céleste Chrétienne |
Par conséquent Hébron, la cité des Kabeiri, était appelée Kir-jath-Arba, la cité des quatre. Les Kabeiri étaient Axieros, le noble Eros, Axiokersos, (honorable orné de cornes) Axiokersa, Déméter et Kadmiel, Hoa, etc.
La Décade de Pythagore désignait le Arba-il, ou le Quaternaire divin, représenté par le Lingha hindou : Anu, 1 ; Bel, 2 ; Hoa, 3, qui font 6. La triade et Mylitta, représentant 4, font les dix.
Bien qu’ayant le titre d’ « Homme Primitif, Ennoïa, de même que le Pimandre égyptien, est la « Puissance de la Pensée Divine », la Première manifestation intelligible de l’Esprit Divin dans une forme matérielle, il est comme le « Fils Unique » du « Père Inconnu » de toutes les autres nations. Il est l’emblème de la première apparition de la Présence divine dans les œuvres de sa création, tangible et visible, et, par conséquent, compréhensible. Le Dieu-Mystère, ou la Divinité toujours non révélée par Sa pensée, féconde Bythos, la Profondeur insondable et infinie qui existe dans le silence (Sigé) et les ténèbres (pour notre intelligence) et cela représente l’idée abstraite de toute la nature, le Cosmos éternellement productif. Comme ni le principe masculin ni le féminin, réunis dans la notion d’une Divinité bi-sexuée dans les anciennes conceptions, n’eût été compréhensible pour une intelligence humaine ordinaire, la théologie de chaque peuple dut créer, pour sa religion, un Logos, ou Verbe manifesté, dans une forme quelconque. Pour les Ophites et les autres Gnostiques, qui prirent leurs modèles directement des anciens originaux, la Bythos non-révélée et sa contrepartie mâle produisirent Ennoïa, et les trois produisirent, à leur tour, Sophia (383), complétant ainsi la Tétraktys, qui émanera Christos, essence même de l’Esprit Père. Sous son aspect de l’UN non révélé, ou Logos, caché dans son état latent, il a existé de toute éternité dans le Arba-il, l’abstraction métaphysique ; par conséquent, il est Un avec tous les autres en tant qu’unité, ceux-ci (tous inclusivement) portant indifféremment les noms de Ennoïa, Sigé (Silence), Bythos, etc. Sous son aspect révélé, il est Androgyne, Christos et Sophia (la Sagesse Divine), qui descend dans l’homme Jésus. Irenee nous montre que le Père, aussi bien que le Fils aimaient la beauté (formam) chez la femme primitive (384), qui est Bythos – la Profondeur – aussi bien que Sophia, et qui, à son tour, donna naissance conjointement à Ophis et Sophia (encore une unité bi-sexuée) la sagesse mâle et femelle, dont l’un est considéré comme le Saint-Esprit non révélé, ou ancienne Sophia – le Pneuma – l’intellectuelle « Mère de toutes choses » ; l’autre, le révélé, ou Ophis, représentant le type de la sagesse divine tombée dans la matière, ou l’Homme-Dieu, Jésus, que les Ophites représentaient par le serpent (Ophis).
Fécondée par la Lumière Divine du Père et du Fils, l’esprit suprême et Ennoïa, Sophia produit à son tour deux autres émanations : l’une parfaite, Christos, la seconde imparfaite, Sophia-Achamoth (385) de תומכח hakhamoth (la Sagesse simple), qui devient la médiatrice entre les mondes intellectuel et matériel.
Christos était le médiateur et le guide entre Dieu (le Suprême) et tout ce qui est spirituel chez l’homme ; Achamoth – la plus jeune Sophia – remplissait les mêmes fonctions entre « l’Homme primitif », Ennoïa et la Matière. Ce qu’on donnait à entendre mystérieusement par le terme général de Christos, nous venons de l’expliquer.
Dans un sermon prêché à New York par le Révérend Dr Preston, pendant le « mois de Marie », il exprime la notion chrétienne du principe féminin dans la trinité, mieux et plus clairement que nous ne saurions le faire, et cela en substance, dans l’esprit des anciens philosophes « païens ». Il dit que « le plan de la rédemption rendit la production d’une mère nécessaire, et que Marie se présente pré-éminemment comme le seul exemple où une créature fût nécessaire pour l’exécution de l’œuvre de Dieu ». Nous nous permettons de contredire ce révérend. Ainsi que nous l’avons fait voir ci-dessus, toutes les théogonies « païennes » admettaient, depuis des milliers d’années, la nécessité de trouver un principe féminin, une « mère », pour le principe mâle trinitaire. Par conséquent, le Christianisme n’est pas le seul à fournir « l’unique exemple » d’une semblable exécution de l’œuvre divine – bien que, comme le prouve cet ouvrage, il contînt plus de philosophie et moins de matérialisme, ou plutôt d’anthropomorphisme. Mais écoutons le Révérend Docteur exprimer la pensée « païenne » dans des idées chrétiennes. Il nous dit : « Il (Dieu) prépara sa pureté virginale et céleste, (celle de Marie), car une mère souillée ne pouvait devenir la mère du Très-Haut. Même pendant son enfance, la sainte-vierge était plus aimable que tous les Chérubins et les Sépharins, et dès son âge le plus tendre jusqu’à sa puberté et son état de femme, elle devint de plus en plus pure. Sa grande sainteté la fit régner en maîtresse sur le cœur de Dieu. Lorsque l’heure fut venue, la cour céleste entière se tint immobile et la trinité attendit en silence la réponse de Marie, car sans son consentement, la rédemption du monde eut été impossible. »
Ne dirait-on pas, à l’entendre, Irenee discourant sur l’ « hérésie » gnostique, qui enseignait que le Père et le Fils aimaient la beauté (forman) de la Vierge céleste ? ou encore la doctrine égyptienne qui représentait Isis comme l’épouse, la sœur et la mère d’Osiris Horus ? Il n’y en avait que deux dans la philosophie gnostique, mais les Chrétiens ont perfectionné la doctrine en la rendant tout à fait « païenne », car nous y voyons Anu, Bel-Hoa chaldéen, se fondant en Mylitta. Et le Dr Preston d’ajouter : « Puis, comme ce mois [de Marie] commence pendant la saison pascale, le mois où la nature se revêt de fruits et de fleurs, avant-coureurs d’une moisson glorieuse, commençons aussi, nous-mêmes, à préparer la moisson dorée. C’est pendant ce mois que les morts sortent de terre, figurant une résurrection ; de sorte que lorsque nous nous agenouillons devant l’autel de la sainte et immaculée Marie, rappelons-nous que nous devons donner naissance au bourgeon de la promesse, à la fleur de l’espérance, et au fruit impérissable de la sainteté. »
C’est précisément le substratum de la pensée Païenne qui, entre autres significations, illustrait les rites de la résurrection d’Osiris, d’Adonis, de Bacchus et d’autres dieux-solaires massacrés, la résurrection de la nature entière au printemps ; la germination des semences, qui reposaient mortes et inertes pendant l’hiver, et que l’allégorie représentait comme emprisonnées dans le monde inférieur, (Hadès). Nous retrouvons cette notion dans le séjour de trois jours en enfer d’Hercule, du Christ et d’autres, avant leur résurrection.
Cette dérivation, ou plutôt cette hérésie, ainsi que l’appelle le Christianisme, est simplement la doctrine Brahmanique dans toute sa pureté archaïque. Vichnou, le second personnage de la trinité hindoue, est aussi le Logos, car on le fait s’incarner par la suite en Krishna. Et Lakshmi, ainsi que c’est le cas pour Osiris et Isis, pour Aïn-Soph et Sephira, pour Bythos et Ennoïa est à la fois son épouse, sa sœur et sa fille, est la Sophia-Achamoth, par suite de cette corrélation infinie de puissances créatrices mâles et femelles dans la métaphysique abstraite des anciennes philosophies. Krishna est le médiateur promis par Brahma à l’humanité, et représente la même idée que le Christos gnostique. Et Lakshmi la moitié spirituelle de Vichnou, est l’emblème de la nature physique, la mère universelle de toutes les formes matérielles et révélées ; la médiatrice et protectrice de la nature, comme Sophia-Achamoth, dont les Gnostiques font la médiatrice entre la Grande Cause et la Matière, de même que Christos est le médiateur entre elle et l’humanité spirituelle.
Cette doctrine brahmano-gnostique est plus logique et plus en accord avec l’allégorie de la chute de l’homme de la Genèse. Lorsque Dieu maudit le premier couple, II maudit également la Terre et tout ce qu’elle porte. Le Nouveau Testament nous donne un Rédempteur pour le premier péché de l’humanité, qui fut punie pour avoir péché ; mais on ne dit pas un mot au sujet du Sauveur qui doit sauver la terre et les animaux de la malédiction imméritée, eux qui n’avaient commis aucun péché. De sorte que l’allégorie Gnostique fait preuve de plus de justice et de logique que la chrétienne.
Dans le système Ophite, Sophia, la Sagesse Androgyne, est également l’esprit féminin, ou la femelle hindoue Nâri (Nârâyana) se mouvant sur la surface des eaux – le chaos, ou la matière future. Elle la vivifie de loin, mais sans toucher l’abîme des ténèbres. Elle ne peut le faire, car la Sagesse est purement intellectuelle, et est incapable d’agir directement sur la matière. Par conséquent, Sophia est obligée d’avoir recours à son Père Suprême ; mais, bien que la vie procède, en premier lieu, de la Cause Invisible et de son Ennoïa, ni l’un ni l’autre, pas plus qu’elle-même, n’ont rien à faire avec le chaos inférieur dans lequel la matière prend sa forme définitive. C’est ainsi que Sophia est obligée de confier cette tâche à son émanation imparfaite, Sophia-Achamoth, qui, elle, est de nature mixte, moitié spirituelle et moitié matérielle.
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