CONCLUSIONS ET ILLUSTRATIONS – partie 4
A environ quatre journées d’Islamabad, à un insignifiant petit village de huttes de boue, dont le seul attrait était son lac magnifique, nous nous arrêtâmes pour quelques jours de repos. Nos compagnons s’étaient éloignés momentanément de nous, et le village en question devait être notre point de ralliement. Ce fut là que notre Shaman nous informa qu’une nombreuse troupe de « Saints lamaïques, faisant un pèlerinage à divers temples s’était logée dans un ancien temple souterrain et y avait installé une Vihara temporaire. Il ajouta que comme les « Trois Honorables » (415d) étaient censés voyager avec eux, les saints Bikshus (moines) étaient capables de produire les plus grands miracles. M. K – enthousiasmé à la perspective de pouvoir démasquer cette fraude, leur rendit visite sur le champ, et, dès ce moment, les relations les plus amicales s’établirent entre les deux camps.
Le vihar était installé dans un endroit retiré et romantique garanti contre toute intrusion. Malgré les attentions obséquieuses, les présents et les protestations de M. K – le chef, qui était un Pase-Budhu (un ascète de haute sainteté) refusa de présenter le phénomène de « l’incarnation », jusqu’à ce qu’un certain talisman, en possession de l’auteur, lui eut été présenté (416d). Mais lorsqu’on le lui eut fait voir, les préparatifs furent faits aussitôt, et on se procura un enfant de trois à quatre mois, dont la mère était une pauvre femme des environs. On exigea tout d’abord de M. K – qu’il prêtât serment de ne rien divulguer pendant l’espace de sept agis de tout ce qu’il pourrait voir ou entendre. Le talisman est une simple agate ou cornaline connue chez les Tibétains et autres sous le nom de A-yu, et qui possède naturellement ou à laquelle on a communiqué de fort mystérieuses propriétés. Un triangle y est gravé, au centre duquel sont tracés quelques mots mystiques (417d).
Plusieurs jours se passèrent avant que tout eût été terminé ; rien de mystérieux n’eut lieu dans l’entre-temps, sauf qu’au commandement d’un des Bikshus, d’horribles figures apparurent dans les eaux du lac et nous regardèrent, tandis que nous étions assis sur le bord de l’eau à la porte du Vihar. Une de ces figures était l’image de la propre sueur de M. K – qu’il avait laissée en parfaite santé chez lui, mais qui, nous le sûmes plus tard, était morte quelque temps avant que nous ayons entrepris notre voyage. Cette vue lui causa, au début, un grand chagrin, mais appelant son scepticisme à son aide, il se tranquillisa en l’attribuant à des ombres de nuages, de réflections de branches d’arbres, etc., comme le font généralement les gens de son espèce.
Lors de l’après-midi indiqué, l’enfant fut apporté à la Vihara et laissé dans le vestibule ou chambre de réception, M. K – n’étant pas autorisé à entrer plus avant dans le sanctuaire temporaire. L’enfant fut alors couché sur un morceau de tapis au milieu de la chambre et tous ceux qui ne faisaient pas partie de notre troupe étant renvoyés, deux « mendiants » furent placés à la porte pour la garder contre les intrus. Tous les lamas s’assirent alors par terre, le dos contre le mur de granit de sorte qu’un espace d’au moins dix pieds les séparait de l’enfant. Un morceau de cuir carré ayant été étendu par terre par le desservant, le chef s’assit dans le coin le plus reculé. Seul M. K – se plaça tout près de l’enfant et observa chacun de ses mouvements avec un intérêt intense. La seule stipulation exigée de nous, était de garder un parfait silence et d’attendre patiemment la suite des événements. Un brillant soleil entrait par la grande porte, grande ouverte. Le « Supérieur tomba graduellement dans ce qui paraissait être un état de profonde méditation, tandis que les autres, après une courte invocation sotto voie, restèrent silencieux, et avaient l’air d’être pétrifiés. Le silence était oppressif et le vagissement du petit enfant était le seul son qu’on entendit. Après quelques moments le mouvement des membres de l’enfant cessa soudain et son corps devint tout à fait rigide. K – observait attentivement chaque mouvement, et tous deux, par un regard rapide, nous constatâmes que tous les assistants étaient immobiles. Le Supérieur, le regard fixé par terre ne semblait même pas voir l’enfant ; mais pâle et immobile, il ressemblait plutôt à une statue de bronze d’un Talapoin en méditation, qu’à un être vivant. Tout à coup, à notre grande stupéfaction, nous vîmes l’enfant, non pas se lever, mais violemment projeté, pour ainsi dire, en « position assise ». A la suite de deux ou trois secousses de cette nature, comme un automate actionné par des fils de fer, l’enfant de quatre mois se mit debout sur ses pieds ! Imaginez notre étonnement, et l’horreur de M. K. Aucune main ne s’était étendue, aucun mouvement n’avait été fait, aucune parole n’avait été prononcée ; et cependant voici qu’un enfant à la mamelle se tenait debout devant nous aussi droit et ferme qu’un homme.
Nous donnerons la suite du récit d’après les notes écrites le même soir par M. K – et qu’il nous confia au cas où elles n’auraient pu parvenir à leur destinataire ou au cas où l’auteur n’aurait rien pu voir de plus.
« Après une minute ou deux d’hésitation, écrit M. K – l’enfant tourna la tête et me regarda avec une expression d’intelligence tout à fait terrifiante ! Il me donna le frisson. Je me pinçai les mains et me mordis les lèvres presque jusqu’au sang pour m’assurer que je ne rêvais pas. Mais tout cela n’était que le commencement. La miraculeuse créature, faisant, ainsi qu’il me sembla, deux pas vers moi, reprit sa position assise et, sans détacher ses yeux des miens, répéta mot à mot, dans ce que je supposai être la langue tibétaine, les mêmes paroles qu’on m’avait dit auparavant être généralement prononcées aux incarnations de Bouddha et commençant par : « Je suis Bouddha ; je suis le vieux lama ; je suis son esprit dans un nouveau corps », etc. Une véritable terreur s’empara de moi ; mes cheveux se dressèrent sur ma tête et mon sang se figea dans mes veines. Même si ma vie en avait dépendu il m’eût été impossible de prononcer une seule parole. Il ne s’agissait ici ni de tricherie ni de ventriloquie. L’enfant remuait les lèvres avec une expression qui me faisait penser que c’était celle du Supérieur lui-même, ses yeux, son regard qui s’attachaient sur moi. C’était comme si son esprit était entré dans le corps du petit enfant, et me regardait à travers le masque transparent de la figure du bébé. Je sentais ma tête tourner. S’approchant de moi l’enfant posa sa petite main sur la mienne. Je sursautai comme si j’avais été brûlé par un charbon ardent ; et, incapable de supporter plus longtemps cette scène, je me cachai la figure dans les mains. Ce ne fut qu’un instant ; mais lorsque je les retirai, le petit acteur était redevenu un bébé vagissant, et un moment plus tard, couché sur le dos, il se mit à pleurer. Le Supérieur avait repris sa condition normale et la conversation recommença.
« Ce ne fut qu’après une série d’expériences de cette nature, espacées sur une dizaine de jours, que je me rendis compte que j’avais vu le surprenant et incroyable phénomène décrit par certains voyageurs, mais que j’avais toujours dénoncé comme une imposture. Parmi les nombreuses questions que je posai au Supérieur et qu’il laissa sans réponse malgré mes demandes réitérées, il me fournit un renseignement qui doit être considéré comme très significatif. « Que serait-il arrivé », lui demandai-je par l’entremise du shaman, « si pendant que l’enfant parlait, dans un moment de folle terreur à la pensée que ce pouvait être le « Diable » je l’eusse tué ? Il répondit que si le coup n’avait pas été fatal sur le coup, l’enfant seul aurait été tué. Mais supposez, continuai-je, que mon coup eût été aussi rapide que l’éclair ? « Dans ce cas, répondit- il, vous m’auriez tué également. »
Il y a au Japon et au Siam deux ordres de prêtres, dont l’un est public, et traite avec le peuple, et l’autre est strictement privé. Ces derniers ne sont jamais vus ; leur existence n’est connue que de quelques indigènes, mais jamais des étrangers. Leurs pouvoirs ne s’exhibent jamais en public ; ils ne s’exhibent même pas du tout, sauf en de rares occasions de la plus haute importance, et alors les cérémonies ont lieu dans des temples souterrains ou autrement inaccessibles et en présence de quelques élus dont les têtes répondent du secret qui leur est imposé. Parmi ces occasions sont les cas de mort dans la famille royale ou ceux des hauts. dignitaires, affiliés à l’ordre. Un des exploits les plus saisissants du pouvoir de ces magiciens est le retrait de l’âme astrale des cendres d’un être humain, cérémonie qui se pratique également dans certaines des lamaseries les plus importantes du Tibet et de Mongolie.
Il est de coutume au Siam, au Japon et en Grande-Tartarie de faire des médaillons, des statuettes et des idoles avec les cendres des personnes brûlées (418d) ; on en fait une pâte avec de l’eau et, une fois moulées à la forme voulue, elles sont cuites et dorées. La Lamaserie de On-Tay, dans la province Mongole de Chan-Si, est la plus renommée pour ce genre de travail et les personnes riches envoient les ossements de leurs parents décédés pour y être pulvérisés et modelés. Lorsque l’adepte en magie se propose de faciliter le retrait de l’âme astrale du défunt, qui, autrement, risquerait fort, croient-ils, de demeurer stupéfiée pendant un laps de temps indéfini, dans les cendres, on procède de la manière suivante : La poussière sacrée est mise en tas sur une plaque de métal, fortement magnétisée, de la grandeur d’un corps d’homme. L’adepte l’évente, alors, lentement et doucement, avec le Talapat Nang (419d), éventail d’une forme particulière sur lequel sont inscrits certains signes, en murmurant en même temps, une espèce d’invocation. Les cendres sont bientôt, pour ainsi dire, vitalisées, et s’étendent sur une mince couche qui prend la forme du corps avant l’incinération. Il s’en dégage alors graduellement une vapeur blanchâtre, qui se dresse après un certain temps en une colonne, et celle-ci devenant plus solide, se transforme finalement en « double » ou contre- partie astrale éthérée du défunt, et qui, à son tour se dissout dans l’air et disparaît à la vue des mortels (420d).
Les « Magiciens du Cashmire, du Tibet, de Mongolie et de Grande- Tartarie sont trop bien connus pour des commentaires. S’ils sont des jongleurs, nous convions les prestidigitateurs les plus renommés d’Europe et d’Amérique à les imiter, s’ils en sont capables.
Si nos savants se sont reconnus incapables d’imiter l’embaumement des momies égyptiennes, combien plus grande serait leur surprise de voir, ainsi que nous l’avons vu, des corps morts conservés par l’art alchimique, de telle manière, qu’après des siècles, ils ont l’air de personnes plongées dans le sommeil. Le teint est aussi frais, la peau aussi élastique, les yeux aussi naturels et brillants que s’ils étaient en pleine santé, et que le rouage de la vie ne s’était arrêté que depuis quelques instants. Les corps de certains grands personnages sont placés sur des catafalques, dans de riches mausolées, quelquefois recouverts de dorures, et même de plaques d’or fin ; leurs armes favorites, leurs joyaux et les articles d’usage journalier sont placés à leur portée, et une suite de serviteurs, frais garçons et jeunes filles, mais des cadavres conservés comme leurs maîtres, se tiennent auprès d’eux comme s’ils étaient prêts à les servir au premier appel. Dans le couvent du Grand Rouren, et dans un autre, situé sur la Montagne Sainte (Bothé Oula), il y a, dit-on, plusieurs sépultures de cette nature, qui ont été respectées par toutes les hordes conquérantes qui ont balayé ces pays.
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