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CONCLUSIONS ET ILLUSTRATIONS – partie 3

Les médiums à manifestations réelles, sont en règle générale moins que qui que ce soit, capables de les comprendre ou d’en fournir une explication. Parmi ceux qui ont écrit d’une façon intelligente au sujet des mains lumineuses, figure le Dr Francis Gerry Fairfield, auteur de Ten Years among the Mediums ; un article, dû à sa plume, parut dans la Library Table de juillet 1877. Médium lui-même, il est néanmoins très hostile à la théorie spirite. Discutant le phénomène de la « main fantôme », il témoigne que « l’auteur a assisté en personne à ces expériences, dans des conditions de garantie établies par lui-même, dans sa propre chambre en plein jour, le médium étant assis sur un canapé, a une distance de six à huit pieds de la table sur laquelle voltigeait l’apparition (la main). Une application des pôles d’un aimant en fer à cheval, faisait visiblement vaciller la main, et jetait le médium dans des convulsions violentes – preuve assez évidente que la force qui faisait agir le phénomène était générée dans son propre système nerveux« .

La déduction du Dr Fairfield que la main fantôme errante est une émanation du médium est logique et correcte. L’épreuve de l’aimant prouve scientifiquement ce que tout cabaliste affirmerait sur l’autorité de l’expérience, non moins que sur celle de la philosophie. La « force en action dans le phénomène » est la volonté du médium, exercée inconsciemment pour l’homme extérieur, qui, à ce moment, est à moitié paralysé et en catalepsie ; la main fantôme est une sortie du membre intérieur, ou astral de l’homme. C’est là le véritable corps dont le chirurgien ne peut amputer les membres, mais qui demeure entier après que l’enveloppe extérieure a été excisée, et (malgré toutes les théories de la compression des nerfs) possède toutes les sensations antérieurement ressenties par les membres physiques. C’est le corps spirituel (astral) qui « ressuscite sans être corrompu ». Inutile de prétendre que ce sont là des mains d’esprits ; car, en admettant même qu’à chaque séance des esprits humains de toutes sortes soient attirés vers le médium, et qu’ils dirigent et produisent certaines manifestations, néanmoins, pour rendre des mains ou des visages objectifs, ils sont obligés de faire usage soit des membres astrals du médium ou des matériaux fournis par les élémentals, ou encore de se servir des émanations aurales combinées de toutes les personnes présentes. Les esprits purs ne consentent jamais à se montrer objectivement, et ils ne le peuvent pas ; ceux qui le font ne sont pas des esprits purs, mais des esprits élémentaires et impurs. Malheur au médium qui en devient la proie !

Le même principe qui agit dans la projection inconsciente d’un membre fantôme par un médium en catalepsie, s’applique aussi à la projection de son « double » tout entier, ou corps astral. Celui-ci peut être retiré par la volonté du soi intérieur du médium, sans que son cerveau physique en ait gardé un souvenir quelconque – cela constitue une des phases du double pouvoir de l’homme. Il peut également avoir lieu au moyen d’esprits élémentaires et élémentals, avec lesquels il peut être comme un sujet mesmérique. Le Dr Fairfield a raison dans une des assertions de son livre que les médiums sont généralement des êtres maladifs, et dans beaucoup de cas, sinon dans la plupart, des enfants de médiums, du moins des parents fort rapprochés. Mais il a tout à fait tort lorsqu’il attribue tous les phénomènes psychiques à des conditions physiologiques morbides. Les adeptes de la magie orientale jouissent tous, sans exception, d’une santé mentale et physique parfaites et, de fait, la production volontaire et indépendante de phénomènes serait impossible dans le cas contraire. Nous en avons connu beaucoup, mais pas un seul parmi eux n’était malade. L’adepte conserve sa parfaite conscience ; il ne se produit chez lui aucun changement de température, ou autre signe morbide quelconque ; il n’a pas besoin de « conditions » spéciales, mais il produira ses phénomènes n’importe où et partout ; et au lieu d’être passif et soumis aux influences étrangères, il gouverne les forces par une volonté de fer. Nous avons montré autre part, que le médium et l’adepte sont aussi opposés que les pôles. Nous ajouterons seulement que le corps, l’âme et l’esprit d’un adepte sont tous conscients et travaillent harmonieusement, tandis que le corps du médium est une masse inerte, et même son âme peut être absente dans un rêve pendant qu’un autre occupe sa demeure.

Un adepte peut non seulement projeter et rendre visible une main, un pied ou toute autre partie mais même la totalité de son corps. Nous en avons vu un le faire en plein jour, tandis que ses mains et ses pieds étaient maintenus par un ami sceptique qu’il voulait étonner (409d). Petit à petit, le corps astral tout entier émergea comme un nuage vaporeux, jusqu’à ce qu’il y eût deux formes devant nous, la seconde étant l’exacte reproduction de la première, avec cette seule différence qu’elle était un peu plus sombre.

Le médium n’a nul besoin d’exercer son pouvoir de volonté. Il suffit qu’il sache ce que les investigateurs attendent de lui. L’entité « spirituelle » du médium, lorsqu’elle n’est pas obsédée par d’autres esprits, agira hors de la volonté et de la conscience de l’être physique, aussi aisément qu’elle agit lorsqu’elle occupe encore le corps pendant un accès de somnambulisme. Ses perceptions externes et internes, seront plus subtiles et bien plus développées, exactement comme c’est le cas chez le somnambule. C’est la raison pour laquelle « la forme matérialisée » en sait quelquefois plus long que le médium lui-même (410d), parce que la perception intellectuelle de l’entité astrale est proportionnellement aussi supérieure à l’intelligence corporelle du médium en son état normal que l’entité spirituelle l’emporte en subtilité sur celle-là. On s’aperçoit généralement que le médium est froid, que son pouls change visiblement, et qu’un état de prostration nerveuse succède au phénomène, ce qu’on attribue sottement et sans discernement aux esprits désincarnés ; tandis qu’il n’y a qu’un tiers des phénomènes produits par ceux-ci, un autre tiers par les élémentals, et le reste par le double astral du médium lui-même.

Mais, tandis que nous croyons fermement que la plupart des manifestations physiques, c’est-à-dire celles qui n’ont besoin d’intelligence ni de discernement, et n’en témoignent pas, sont produites mécaniquement par le scin-lecca, (le double) du médium, de même qu’une personne profondément endormie ferait, une fois réveillée en apparence, des choses dont elle ne conserverait aucun souvenir. Les phénomènes purement subjectifs ne sont que dans une proportion minime des cas dus à l’action du corps astral de l’individu. Dans la plupart des cas, et suivant la pureté morale, intellectuelle et physique du médium, ils sont l’œuvre soit des élémentaires soit quelquefois d’esprits humains très purs. Les élémentals n’ont rien à faire avec les manifestations subjectives. Dans des cas fort rares, c’est l’esprit divin du médium lui-même qui les produit et les conduit.

Comme le dit Baboo Peary Chand Mittra dans une lettre (411d) adressée à M. Alexandre Calder, Président de l’Association Nationale des Spirites (412d), « un esprit est une essence ou une puissance et n’a pas de forme… La seule idée de la forme implique le matérialisme. Les esprits, [les âmes astrales, dirions-nous] … peuvent prendre une forme pour un temps donné, mais cette forme n’est pas leur état permanent. Plus notre âme est matérielle, plus notre conception des esprits est matérielle aussi ».

Epimenide, l’Orphikos, était célèbre pour « sa nature sacrée et merveilleuse », et pour la faculté que possédait son âme de s’absenter de son corps « aussi longtemps et aussi souvent qu’il le désirait« . Les anciens philosophes qui ont témoigné de cette faculté se comptent par douzaines. Apollonius quittait son corps à son gré, mais n’oublions pas qu’Apollonius était un adepte, un « magicien ». S’il n’avait été qu’un médium, il n’aurait pas pu accomplir des exploits semblables à volonté. Empedocle d’Agrigente, le thaumaturge pythagoricien, n’avait besoin d’aucune condition pour arrêter la trombe qui se déversait sur la cité. Il n’en avait pas besoin, non plus, pour ramener, ainsi qu’il le fit, une femme à la vie. Apollonius ne se servait pas de chambres obscures pour accomplir ses exploits aethrobatiques. Disparaissant instantanément dans l’air devant les yeux de Domitien et d’une foule immense de témoins (plusieurs milliers) il apparut, une heure plus tard, dans la grotte de Puteoli. Mais une investigation aurait démontré que son corps physique étant devenu invisible par la concentration d’akasha autour de lui, il avait pu s’en aller inaperçu à une retraite sûre du voisinage et, une heure après, sa forme astrale apparaissait à ses amis à Puteoli, en semblant être l’homme lui-même.

Simon le Magicien n’attendit pas non plus d’être mis en transe, pour s’envoler devant les apôtres et une foule de témoins. « Nul besoin n’est de conjurations et de cérémonies ; tracer des cercles et brûler de l’encens sont des niaiseries et des jongleries », dit Paracelse. L’esprit humain « est une chose si grande que nul ne peut l’exprimer ; de même que Dieu, lui-même. est éternel et immuable, de même aussi est le mental de l’homme. Si nous en comprenions bien les pouvoirs, rien, ici-bas, ne nous serait impossible. Notre imagination est fortifiée et développée par la foi dans notre volonté. La foi doit confirmer l’imagination, car la foi engendre la volonté ».

Un curieux récit d’une interview personnelle, en 1783, d’un Ambassadeur Anglais avec un Bouddha réincarné – sujet effleuré dans notre premier volume – un enfant âgé à ce moment là de dix-huit mois – parut dans le Asiatic Journal, d’après la narration faite par un témoin oculaire, M. Turner, l’auteur de The Embassy to Thibet. La prudence du sceptique qui craint la risée du public, cache mal la stupéfaction du témoin devant le phénomène dont il cherche en même temps à exposer les faits avec toute la véracité possible. Le bébé lama reçut l’ambassadeur et sa suite avec une dignité et un décorum tellement naturels et aisés qu’ils en demeurèrent émerveillés. L’attitude de cet enfant, dit l’auteur, était celle d’un vieux philosophe, grave, tranquille et exquisément courtois. II fit comprendre au jeune pontife l’immense chagrin que ressentait le gouverneur général de Galagata (Calcutta), la cité des Palais, et le peuple des Indes, lorsqu’ils apprirent sa mort, et la joie générale ressentie lorsqu’on sut qu’il était ressuscité dans un nouveau corps jeune et sain ; à ce compliment, le jeune lama le regarda, lui et sa suite, avec une grande satisfaction, et leur offrit courtoisement des sucreries dans une coupe d’or. « L’ambassadeur continua en lui exprimant l’espoir du Gouverneur Général que le lama continuerait longtemps à éclairer le monde par sa présence, et que l’amitié qui jusqu’alors avait subsisté entre eux, se raffermirait encore plus, au profit et à l’avantage des fidèles intelligents du lama… pendant ce temps le petit enfant regarda fixement l’orateur et inclina gracieusement la tête – oui il s’inclina et acquiesça de la tête comme s’il comprenait et approuvait chaque mot qui avait été prononcé (413d). »

S’il comprenait ! Si l’enfant se comporta de la façon la plus naturelle et la plus digne pendant toute la réception, et a lorsque les tasses à thé étaient vides, s’il s’inquiéta, fronça le sourcil, et ne cessa de faire du bruit jusqu’à ce qu’elles eussent de nouveau été remplies », pourquoi n’aurait-il pu comprendre tout ce qu’on lui disait ?

Il y a bien des années, une petite caravane de voyageurs cheminait péniblement de Cashmire à Leh, une ville du Ladâhk (Tibet central). Parmi les guides se trouvait un Shaman tartare, personnage fort mystérieux, qui parlait un peu le russe mais pas un mot d’anglais ; il réussit néanmoins à se faire comprendre de nous, et nous rendit de bons services. Ayant su que quelques personnes de notre troupe étaient russes, il s’était imaginé que notre protection était toute-puissante, et lui faciliterait le moyen de rentrer en toute sécurité chez lui en Sibérie, d’où il s’était échappé ainsi qu’il nous le dit, il y avait quelque vingt ans, pour des raisons inconnues, en passant par Kiachta et le grand désert de Gobi, jusqu’au pays des Tcha-gars (414d). Avec un but aussi intéressé en perspective, nous nous crûmes en sécurité sous sa garde. Donnons succinctement l’explication de notre situation : nos compagnons avaient formé le plan téméraire de pénétrer au Tibet sous divers déguisements, aucun ne parlant la langue du pays, bien qu’un d’eux, M. K – ayant appris quelques mots de tartare de Kasan, croyait bien la parler. Nous ne le mentionnons qu’incidemment, car nous avouons, dès le début, que deux d’entre eux, les frères N – furent poliment reconduits à la frontière avant d’avoir fait plus de seize milles dans le mystérieux pays du Bod oriental ; et M. K – ex-pasteur luthérien ne put même pas essayer de quitter son misérable village près de Leh, car dès les premiers jours il y fut pris de fièvres et du retourner à Lahore, via Cashmire. Mais un exploit auquel il assista suffit, comme s’il avait été présent à la réincarnation du Bouddha en personne. Ayant entendu parler de ce « miracle » par un vieux missionnaire russe, au récit duquel il pensait pouvoir ajouter plus de foi qu’à ceux de l’abbé Hue, son désir ardent depuis plusieurs années avait été de démasquer, comme il le disait, cette grande « jonglerie païenne ». K – était positiviste, et se vantait de ce néologisme anti-philosophique. Mais son positivisme allait recevoir un coup mortel.

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