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CONCLUSIONS ET ILLUSTRATIONS – partie 2

Il y a deux espèces de clairvoyance – celle de l’âme et celle de l’esprit. La clairvoyance des anciennes pythonisses, ou celle du sujet moderne magnétisé, ne différent que par les moyens artificiels employés pour provoquer la clairvoyance. Mais, comme les visions de chacun dépendent de la plus ou moins grande sensibilité des sens de leur corps astral, elles diffèrent beaucoup de la condition parfaite et omnisciente spirituelle ; car, le sujet ne perçoit, au mieux, que des lueurs de la vérité, à travers le voile interposé par la nature physique. Le principe astral, que les Yogis hindous appellent jîvâtmâ, est l’âme sensible, inséparable de notre cerveau physique, qu’elle tient en sujétion, et qui, de son côté, lui sert aussi d’entrave. C’est l’ego, le principe vital intellectuel de l’homme, son entité consciente. Pendant qu’il est encore dans le corps matériel, la clarté et la correction de ses visions spirituelles dépendent de sa relation plus ou moins intime avec son Principe supérieur. Lorsque cette relation est telle, qu’elle permet aux parties les plus éthérées de son âme essentielle d’agir indépendamment de ses particules plus grossières et de son cerveau, il comprend infailliblement ce qu’il voit ; ce n’est qu’à ce moment qu’il devient l’âme pure, rationnelle et super-consciente. Cet état est connu en Inde sous le nom de Samâddi ; c’est la condition spirituelle la plus élevée qu’il soit donné à l’homme d’atteindre sur terre. Les fakirs cherchent à se mettre en cet état en retenant leur respiration pendant des heures entières au cours de leurs exercices religieux, et ils donnent à cette pratique le nom de dama-sadhâna. Les termes hindous Prânâyâma, Pratydhâra, et Dhâranâ ont tous rapport aux différents états psychologiques, et montrent jusqu’à quel point le sanscrit, et même la langue moderne hindoue se prêtent mieux à l’élucidation claire des phénomènes pour ceux qui étudient cette branche de la science psychologique, que les langues des peuples modernes dont les expériences n’ont pas encore amené l’invention de termes descriptifs spéciaux.

Lorsque le corps est en état de dhâranâ – la catalepsie totale du corps physique – l’âme du clairvoyant peut se libérer et perçoit alors les choses subjectivement. Néanmoins, comme le principe conscient du cerveau reste toujours vivant et actif, ces images du passé, du présent et du futur, seront teintées de ses perceptions terrestres du monde objectif ; la mémoire physique et l‘imagination viennent entraver la vision claire et nette. Mais l’adepte voyant sait comment s’y prendre pour arrêter l’action mécanique du cerveau : ses visions seront aussi nettes que la vérité elle-même, sans couleur, sans déformation, tandis que le clairvoyant, incapable d’exercer un contrôle sur les vibrations des ondes astrales, ne percevra au moyen de son cerveau que des images plus ou moins brisées. Le voyant n’est jamais exposé à prendre des ombres passagères pour des réalités, car sa mémoire étant aussi complètement assujettie à sa volonté que le reste de son corps, il reçoit les impressions directement de son esprit. Entre son soi objectif et son soi subjectif il n’y a pas d’intermédiaires gênants. C’est la véritable voyance spirituelle dans laquelle, suivant l’expression de Platon, l’âme s’élève au-dessus de tout bien inférieur. Nous atteignons alors « ce qui est suprême, ce qui est simple, pur inchangeable, sans forme, sans couleur ou sans qualités humaines : le Dieu – notre Nous. »

C’est cet état que des voyants tels que Plotin et Apollonius appelaient « l’Union avec la Divinité » ; que les anciens Yogis nommaient Isvara (403d) et les modernes « Samâddi » ; mais cet état est autant au-dessus de la clairvoyance moderne que les étoiles sont au-dessus des vers-luisants. Plotin, le fait est bien connu, fut toute sa vie durant un clairvoyant ; et cependant il n’avait été réuni à son Dieu que six fois pendant les soixante- six ans de son existence, ainsi qu’il le confessa lui-même, à Porphyre.

Ammonius Sakkas, « l’instruit par Dieu », affirme que le seul pouvoir qui soit directement opposé à la prophétie et à la vision de l’avenir est la mémoire ; et Olympiodore l’appelle la fantaisie. « La fantaisie, dit-il, (in Platonis Phaed.) est une entrave à nos conceptions intellectuelles ; par conséquent, lorsque nous _ sommes agités par l’influence inspiratrice de la Divinité, si la fantaisie intervient, l’énergie enthousiaste cesse ; car l’enthousiasme et la fantaisie sont contraires l’une à l’autre. Si l’on veut savoir si l’âme peut agir énergiquement sans la fantaisie, nous répondrons que sa perception des universaux prouve qu’elle en est capable. Par conséquent elle a des perceptions indépendantes de la fantaisie ; toutefois la fantaisie est présente aussi dans ses énergies, de même que la tempête poursuit celui qui vogue sur la mer ».

De plus, un médium a besoin, soit d’une intelligence étrangère – un esprit ou un magnétiseur vivant – pour dominer son être physique et moral, soit d’un procédé factice pour provoquer la transe. Un adepte, ou même un simple fakir n’a besoin que de quelques minutes d’ « autocontemplation ».

Les colonnes de bronze du temple de Salomon ; les clochettes d’or et les grenades d’Aaron ; le Jupiter Capitolin d’Auguste entouré de clochettes harmonieuses (404d) ; et les vases de bronze des Mystères, lorsqu’on appelait la Korê (405d), étaient tous destinés à fournir cette aide artificielle (406d). Il en était de même des coupes de bronze de Salomon, autour desquels pendait une double guirlande de 200 grenades, qui tenaient lieu de battants dans les colonnes creuses. Les prêtresses du nord de l’Allemagne sous la conduite des hiérophantes, ne pouvaient prophétiser que dans le fracas des eaux tumultueuses. Fixant les remous qui se forment sur les eaux rapides des torrents, elles s’hypnotisaient elles-mêmes. Nous lisons également que Joseph, le fils de Jacob, cherchait l’inspiration divine au moyen de sa coupe de divination en argent, coupe qui devait avoir un fond très brillant. Les prêtresses de Didone se plaçaient sous l’antique chêne de Zeus (le Dieu Pelasgien, et non pas l’Olympien) et écoutaient attentivement le murmure des feuilles sacrées tandis que d’autres concentraient leur attention sur le doux gazouillement de la fraîche source qui sortait de sous ses racines (407d). Mais l’adepte n’a besoin d’aucune de ces aides extérieures ; la seule action de son pouvoir de volonté est suffisant.

L’Atharva-Véla enseigne que l’exercice de ce pouvoir de volonté est la forme la plus élevée de la prière, et sa réponse instantanée. Désirer, c’est réaliser en proportion de l’intensité de l’aspiration ; et celle-ci, à son tour, est mesurée par la pureté intérieure.

Quelques-uns des plus nobles préceptes Védantiques sur l’âme et les pouvoirs mystiques de l’homme, ont été récemment énoncés par un lettré hindou dans un journal anglais. « Le Sankya, écrit-il, enseigne que l’âme (c’est-à-dire le corps astral) possède les pouvoirs suivants : se réduire à un corps si tenu qu’il peut traverser tout ; grandir jusqu’à avoir un corps gigantesque ; se rendre léger (monter le long d’un rayon solaire jusqu’au soleil) ; posséder un champ illimité d’organes, comme par exemple toucher la lune du bout du doigt ; une volonté irrésistible (par exemple s’enfoncer dans la terre aussi aisément que dans l’eau) ; exercer le pouvoir sur toutes choses, animées ou inanimées ; la faculté de changer le cours de la nature ; accomplir chaque désir. » Il donne en outre leurs diverses appellations : « Les noms de ces pouvoirs sont : 1, Anima ; 2, Mahima ; 3, Laghima ; 4, Garima ; 5, Prâpti ; 6, Prakamya ; 7, Vashitva ; 8, Ishitva, ou pouvoir divin. Le cinquième prédit l’avenir, comprend les langages inconnus, guérit les maladies, devine les pensées non exprimées, connaît le langage du cœur. Le sixième est le pouvoir qui convertit la vieillesse en jeunesse. Le septième est le pouvoir de magnétiser les êtres humains et les animaux et de les rendre dociles ; c’est le pouvoir de restreindre les passions et les émotions. Le huitième pouvoir est la condition spirituelle, et présuppose l’absence des sept pouvoirs antérieurs, car dans cet état, le Yogi est rempli de Dieu. »

« Il n’a été donné à aucun ouvrage, ajoute-t-il, révélé ou sacré, d’être aussi catégorique et décisif que l’enseignement de l’âme. Quelques-uns des Richis paraissent avoir fait grand cas de cette source super- sensorielle de connaissance » (408d).

Dès la plus haute antiquité, l’humanité dans son ensemble, a toujours été convaincue de l’existence d’une entité spirituelle personnelle dans l’homme personnel physique. Cette entité intérieure a toujours été plus ou moins divine, suivant sa proximité avec la couronne – le Chrestos. Plus l’union est étroite, plus la destinée de l’homme est heureuse, moins dangereuse aussi ses conditions extérieures. Cette croyance n’est nullement de la bigoterie ou de la superstition ; elle n’est qu’un sentiment instinctif toujours présent, de la proximité d’un autre monde spirituel et invisible, qui tout subjectif qu’il est pour les sens de l’homme extérieur est parfaitement objectif pour l’ego intérieur. De plus, l’humanité a toujours cru qu’il y a des conditions extérieures et intérieures qui affectent la détermination de notre volonté sur nos actions. Elle répudiait le fatalisme, car le fatalisme implique l’action aveugle d’un pouvoir plus aveugle encore. Mais elle croyait à la destinée, que chaque homme tisse autour de lui depuis la naissance jusqu’à la mort, comme une araignée tisse sa toile ; et cette destinée est conduite soit par cette présence que certains appellent l’ange gardien, soit par notre homme astral intime, qui n’est que trop souvent le mauvais génie de l’homme de chair. Tous deux guident l’homme extérieur, mais un des deux doit prévaloir ; et, dès le début de la lutte invisible, la sévère et implacable loi de compensation entre en ligne et suit son cours, en suivant fidèlement les fluctuations. Lorsque le dernier fil est tissé et que l’homme apparaît enfermé dans le filet qu’il a lui-même formé, il se trouve complètement à la merci de cette destinée par lui préparée. Alors elle le maintient immobile comme le coquillage inerte sur le rocher immuable, ou elle l’emporte comme une plume dans le tourbillon soulevé par ses propres actions.

Les plus grands philosophes de l’antiquité ne trouvaient point déraisonnable que « des âmes pussent revenir auprès des âmes, pour leur faire part de la conception des choses à venir, soit par lettres, soit par un simple attouchement, ou par un regard, afin de leur révéler les événements passés ou leur prédire ceux à venir », nous dit Ammonius. De plus, Lamprias et d’autres maintenaient que si les esprits désincarnés ou les âmes pouvaient descendre sur la terre pour devenir les gardiens des hommes mortels, « nous ne devrions pas chercher à priver les âmes qui sont encore dans un corps du pouvoir par lequel ceux-là connaissent l’avenir et sont capables de le prédire. « Il est improbable, ajoute Lamprias, que l’âme acquière un nouveau pouvoir de prophétie après la séparation du corps, pouvoir qu’elle ne possédait pas avant. Nous en conclurons, plutôt, qu’elle possédait tous ces pouvoirs pendant son union avec le corps, bien qu’à un degré moins parfait… Car, de même que le soleil ne brille pas seulement lorsqu’il sort des nuages, mais qu’il est toujours radieux et n’apparaît terni que lorsque les vapeurs l’obscurcissent, l’âme ne reçoit pas seulement le pouvoir de lire dans l’avenir lorsqu’elle passe hors du corps, mais elle l’a toujours possédé, bien qu’obscurci par son rapport avec ce qui est terrestre ».

Un exemple familier d’une des phases du pouvoir de l’âme, ou du corps astral de se manifester, est représenté par le phénomène de ce qu’on se plaît à nommer les mains spirites. En présence de certains médiums ces membres détachés, en apparence, se développent graduellement d’une nébuleuse lumineuse, prennent un crayon, écrivent un message, puis disparaissent sous les yeux des spectateurs. De nombreux cas de ce genre ont été constatés par des personnes compétentes et dignes de foi. Ces phénomènes sont réels et demandent à être pris en sérieuse considération. Mais on a souvent pris pour authentiques de fausses « mains fantômes ». Nous avons vu, autrefois, à Dresde, une main et un bras, fabriqués dans le but de tromperie, munis d’un ingénieux mécanisme de ressorts qui lui faisaient exécuter, en toute perfection, les mouvements d’un membre naturel, tandis que, vu extérieurement, il fallait une inspection soigneuse, pour découvrir son caractère artificiel. En se servant de cette main, le médium malhonnête retire son bras de sa manche, et le remplace par son substitut mécanique ; les deux mains paraissent alors posées sur la table, tandis que, de fait, il touche les assistants avec une des siennes, qui se montre, bouscule les meubles et produit d’autres phénomènes.

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