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COMMUNICATION DE LA GRANDE LOGE BLANCHE

Dès l’instant où vos pieds franchiront le seuil de la haute barrière qui divise actuellement les choses de l’esprit des choses de la chair, dès le moment où vous direz adieu aux amis du passé qui vous accompagnaient et que vous avez tant aimés, et que vous vous préparerez à reprendre du service, saisissez fermement le bâton qui est venu bien près de tomber de vos mains tremblantes à l’heure de votre dernière épreuve. Pour la dernière fois, essuyez la joue mouillée de larmes de vos bien-aimés, car, à partir de ce moment, la vie changera pour vous.

Au bout du sentier, vous avez pu jeter un coup d’œil furtif aux tours les plus élevées du Temple de la vie et de ses Mystères, ainsi qu’au doux visage de la Grande Mère penchée sur ses remparts. Ce seul coup d’œil est suffisant. À partir de ce moment, votre point de vue sur la vie a changé. Vous ne vous appartenez plus. Vous n’avez plus le droit de réclamer pour vous-mêmes les choses faciles, les délices de cette partie du sentier de la vie que vous quittez. Vous n’avez droit qu’au renoncement, qu’aux joies de l’introspection et à une prise de conscience toujours plus grande du fait que, lorsque votre tâche sera complétée, lorsque vous aurez atteints et dépassés les portes du Temple largement ouvertes pour votre entrée, vous serez finalement intimement enveloppés dans les replis du Cœur que vous avez si longtemps cherché, le Cœur du Christ, le Cœur de l’univers.

« Le Soi de l’Esprit et le soi de la matière ne peuvent jamais se rencontrer ; l’un doit disparaître lorsque l’autre approche. » Le vrai et le faux sont diamétralement opposés, et toute l’énergie des vastes espaces de l’univers ne saurait les rapprocher. La vérité et la fausseté ne peuvent être unies. Aucun disciple ne peut être honnête devant Dieu et en même temps être malhonnête devant son frère.

Si vous, à qui je parle, êtes vraiment des disciples, je vous dis : si votre frère se fie à vous pour réparer ses erreurs pendant que vous dormez, triste sera votre réveil. Si cela se trouve, vous aurez échoué à placer des signes d’avertissement près des zones de danger sur le sentier où se tapissent les démons fourbes et dégoûtants des mondes inférieurs auxquels vous venez tout juste d’échapper. Les démons sont maintenant à l’affût, espérant faire trébucher le camarade fatigué aux pieds endoloris qui revient chez lui. Ce sont ces mêmes démons qui VOUS ramèneront dans leurs pièges, aussi loin que vous ayez pu vous éloigner d’eux.

Si votre frère ne veut pas entendre, si la vie et ses myriades de notes douces et charmantes le poussent encore à la satiété et qu’il détourne sa face de vous pour parcourir quelque autre sentier, alors vous êtes libres de tout blâme.

Si la malédiction de l’ambition et toute la couvée des progénitures du diable – qui tentent les hommes à se laisser aller à la haine, aux éclats de colère et à la grossièreté – entraînent maintenant ces derniers à poignarder leurs frères dans l’âme et à rendre aveugles les yeux des âmes sœurs avec de l’acide et du sang, alors de tous les hommes ce sont eux qui ont le plus besoin de votre pitié et de votre compassion. Vous ne pouvez que rester là, sans personne pour connaître l’angoisse de votre âme, et voir ces amis partir vers d’autres cieux que les vôtres, alors même que toutes les racines de votre cœur se cramponnent à eux.

Ah, enfants ! si je pouvais seulement vous montrer le résultat final de la dévotion ferme et loyale d’une seule âme. Avec une foi complète dans l’omnipotence et la justice éternelle qui pourvoit à tout, et avec une admiration pour l’effort et l’endurance sans bornes et sublimes envers toute personne qui se place dans la brèche d’un des murs de la vie, une âme semblable se tient debout, seule si nécessaire, devant la foule furieuse des âmes égoïstes, brutes ou même faibles et chancelantes qui se pressent des deux côtés de ce mur. De tout son cœur, elle crie tout fort : « Je suis le gardien de mon frère. Me voici, prête à me battre contre tous les hommes pour la vie de mon frère. Je suis prête à me battre pour son droit à mener à bien le travail du Christ. Dans le corps de la Grande Loge Blanche, on lui a donné un travail à faire en son Nom et pour sa Cause. Nul ne saurait me barrer le chemin ! Pas même un moucheron ne croisera ma route pour l’atteindre ou encore aucun serpent ne se glissera entre mes pieds pour le mordre afin de le faire tomber et mourir, laissant ainsi le travail auquel il était appelé dans un état de chaos ou d’incomplétude. S’il mourait de cette façon, cela ferait de moi un traître à la cause que j’ai moi-même choisie et je devrais répondre de cet échec à la barre du tribunal de la Grande Loge Blanche qui a reçu ma promesse de protéger mon frère. »

Les cieux résonnent encore et toujours des hymnes de louanges que chantent les armées des anges, et nombreuses sont les guirlandes de victoire qui couronnent la tête d’une âme semblable, car elle est sortie victorieuse de l’arène la plus difficile de la vie, victorieuse dans la lutte qui sévit entre les armées célestes et l’humanité. Jamais la race humaine ne pourra atteindre les hauteurs du pouvoir avant que les âmes honnêtes et braves – capables de soutenir l’épreuve de la loyauté, de la bravoure et de l’endurance lorsque la vie et l’honneur d’un de leurs co-disciples est en jeu – soient plus nombreuses.

Le monde grouille de foules d’êtres faibles et chancelants, malades d’âme et de corps, de foules paniquées qui piétinent leurs semblables comme une meute de bêtes affolées par l’odeur du feu. Il y a une course effrénée pour quitter le champ de bataille, là où des âmes plus braves et plus fortes combattent durement pour conserver leur avantage. Lorsque la bataille sera terminée et que la paix durement gagnée sera proclamée, tous les hommes pourront vivre en sécurité et auront l’occasion de se développer correctement.

Ici et là gisent des soldats d’une autre trempe, un soldat de rang supérieur, blessé, abattu par les flèches malicieuses de la langue d’un ancien ami ou d’un ennemi déclaré. La miséricorde qu’il a accordée librement à tous ceux qui la demandaient lui est maintenant refusée par tous et, durant cette longue dernière heure d’angoisse, il sombre pour finalement reposer seul, sans personne d’autre que Dieu vers qui tourner les yeux. Néanmoins, lui et son frère qui se tiennent dans la brèche du mur sont bien plus grands que tous les rois de la Terre, car tous deux ont surmonté les pires ennemis de l’homme : la lâcheté et la déloyauté.

J’aimerais que chaque pèlerin dans l’arène de la vie, que chaque chéla entré sur le sentier prévu pour lui puisse voir et saisir sa chance. La chance qui ne survient qu’une fois dans une vie, la chance de prendre et de conserver un avantage comme celui que j’ai décrit. Ayant gagné ce seul avantage, il aura acquis le pouvoir d’atteindre des hauteurs plus élevées

HILARION - Temple 3 - Leçon 370