CHAPITRE 4 – LA SIGNIFICATION DE LA DOULEUR – Section 3
La première chose que doit faire l’âme de l’homme afin de s’engager dans la grande tentative pour découvrir la vie réelle, est pareille à ce que fait d’abord l’enfant dans son désir d’activité du corps – il doit pouvoir se tenir debout. Il est clair que ce pouvoir de se tenir debout, ce pouvoir d’équilibre, de concentration, de rectitude dans l’âme, est une qualité d’un caractère bien défini. Le mot qui se présente immédiatement à l’esprit pour décrire cette qualité est « la confiance ».
Rester immuable au milieu de la vie et de ses changements, et se tenir fermement à l’endroit choisi, est un haut fait que seul peut accomplir celui qui a confiance en lui-même et dans sa destinée. Faute de cela, le flot rapide des formes de la vie, la marée tumultueuse des hommes, les grandes eaux de la pensée, ne manqueront pas de l’emporter et il perdra ce foyer de conscience, d’où il lui était possible de partir pour la grande entreprise. Car il doit être fait en pleine conscience et sans pression de l’extérieur cet acte de l’homme nouveau-né. Tous les grands êtres de la terre ont possédé cette confiance et se sont tenus fermes sur cette plateforme qui était pour eux le seul point solide de l’univers. Pour chaque homme, cette plateforme est nécessairement différente. Chaque homme doit trouver sa propre terre et son propre ciel.
Nous avons le désir instinctif de soulager la douleur mais, en ceci comme en toute autre chose, nous ne nous attachons qu’aux choses extérieures. Nous ne faisons qu’apaiser la souffrance ; et si nous allons plus loin, et la chassons de la première forteresse qu’elle s’était choisie, elle réapparait dans quelque autre endroit, avec une vigueur redoublée. Si on parvient à la chasser du plan physique par un effort persistant, couronné de succès, elle réapparait sur les plans du mental ou de l’émotion, où plus personne ne peut l’atteindre. Ce fait peut être aisément vérifié par ceux qui savent relier les différents plans de sensation et qui observent la vie avec ce complément d’illumination. Les hommes considèrent habituellement ces différentes formes de sensation comme étant effectivement séparées, tandis qu’en fait elles ne sont, de toute évidence, que des aspects divers d’un seul centre – celui de la personnalité. Si ce qui jaillit au Centre – la fontaine de vie – exige quelque action qui se trouve entravée et par conséquent cause de la souffrance, la force ainsi créée, étant chassée d’une place forte, doit en trouver une autre ; elle ne peut être expulsée. Et tout le barattement de la vie humaine qui produit l’émotion et la détresse existe pour l’usage et les fins de la douleur comme du plaisir. Tous deux ont leur habitat dans l’homme ; tous deux réclament le droit de s’exprimer. Le mécanisme merveilleusement délicat de l’organisme humain est construit pour répondre à leur toucher le plus léger ; les complications extraordinaires des relations humaines se créent, pourrait-on dire, pour la satisfaction de ces deux grands pôles opposés de l’âme.
La souffrance et le plaisir se tiennent distincts et séparés, comme les deux sexes ; et c’est dans la fusion, l’union des deux en un seul, que s’obtiennent la joie, la sensation et la paix profondes. Là où il n’y a ni mâle ni femelle, ni souffrance ni plaisir, là le dieu dans l’homme prédomine et c’est alors que la vie est réelle.
Présenter le sujet de cette façon peut rappeler un peu trop le prédicateur dogmatique qui lance ses affirmations du haut d’une chaire, où il sait que nul ne le contredira ; mais c’est du dogmatisme uniquement dans le sens où le récit des efforts d’un savant dans une direction nouvelle est du dogmatisme. À moins que l’existence des Portes d’Or puisse être prouvée comme réelle, et non comme la simple fantasmagorie de visionnaires à l’imagination déréglée, elles ne méritent même pas qu’on en parle. Au dix-neuvième siècle, seuls des faits positifs et des arguments plausibles retiennent l’attention des hommes, et c’est tant mieux. Car, à moins que la vie vers laquelle nous allons devienne de plus en plus réelle et vraie, elle est sans valeur, et c’est perdre son temps que de la poursuivre. La réalité est le plus grand besoin de l’homme, et il exige de l’atteindre quels qu’en soient les dangers et le prix. Qu’il en soit ainsi. Personne ne doute qu’il ait raison. Mettons-nous donc en quête de la réalité.
CHAPITRE 4 – LA SIGNIFICATION DE LA DOULEUR – Section 4