L’AETHER OU LA « LUMIERE ASTRALE » – partie 2
II n’y a pas si longtemps que le professeur Tyndall nous a introduits dans un monde nouveau, peuplé de formes aériennes de la plus exquise beauté.
« La découverte consiste, dit-il, à soumettre les vapeurs de liquides volatils à l’action de la lumière concentrée du soleil ou de la lumière électrique. » Les vapeurs de certains nitrates, d’iodures et d’acides sont soumises à l’action de la lumière, dans un tube à essais posé horizontalement et placé de façon à ce que coïncident l’axe du tube et celui des rayons parallèles de la lampe. Les vapeurs forment des nuages de teintes somptueuses.
Elles prennent la forme de vases, de fioles, de cônes par faisceaux de six ou plus, de coquilles, de tulipes, de roses, de tournesols, de feuilles et de rosaces. « Une fois, nous dit Tyndall, le bourgeon de nuages prit rapidement la forme d’une tête de serpent. Une gueule se dessina et un filet nuageux se forma, figurant la langue. » Enfin, pour clore la liste des merveilles, « il prit la forme d’un poisson, avec ses yeux, ses branchies et ses nageoires. Symétrie complète, la ressemblance était parfaite ! Pas une écaille, pas une marque, pas un signe n’existait sur une des faces de son corps qui ne fût exactement reproduite sur l’autre.«
Ces phénomènes peuvent peut-être s’expliquer en partie par l’action mécanique d’un rayon lumineux comme M. Crookes l’a démontré dernièrement. On peut supposer, par exemple, que les rayons forment un axe horizontal autour duquel les molécules des vapeurs en mouvement se rassemblent en forme de globes et de fuseaux. Mais comment expliquer le poisson, la tête de serpent, les fleurs de diverses variétés, les coquilles ? Cela semble offrir à la science un problème aussi embarrassant que le chat météorique de Babinet. Tyndall, que nous sachions, n’a pas risqué, à propos de son phénomène extraordinaire, une explication aussi absurde que celle du savant français.
Ceux qui n’ont point étudié cette question seront surpris de voir combien on en savait déjà, dans les temps anciens, sur ce principe subtil qui pénètre tout et qu’on a baptisé récemment L’ÉTHER UNIVERSEL.
Avant d’aller plus loin, nous voudrions, encore une fois, formuler en deux propositions catégoriques, ce que nous avons seulement indiqué jusqu’à présent. Pour les anciens théurgistes ces propositions étaient des lois démontrées.
- Les prétendus miracles, à commencer par ceux de Moise pour finir par ceux de Cagliostro, quand ils sont authentiques, sont, comme l’insinue fort justement de Gasparin dans son ouvrage sur les phénomènes, parfaitement conformes à la loi naturelle, donc pas des miracles. L’électricité et le magnétisme ont été, incontestablement, mis en œuvre pour la production de quelques-uns de ces prodiges. Aujourd’hui, comme autrefois, tout être sensitif les emploie ; il se sert inconsciemment de ces forces, en vertu de la nature spéciale de son organisme qui sert de conducteur à certains de ces fluides impondérables encore si imparfaitement connus de la science. Cette force est la mère féconde d’innombrables attributs et de propriétés dont beaucoup, la plupart même, sont encore inconnus de la physique moderne.
- Les phénomènes de la magie naturelle, tels qu’on les voit au Siam, en Inde, en Egypte et dans d’autres contrées d’Orient, n’ont aucun rapport avec la prestidigitation. La première est un effet absolument physique dû à l’action de forces naturelles occultes ; la seconde est simplement un résultat trompeur produit par d’adroites manifestations et avec l’aide de compères (234).
Les thaumaturges de tous les temps, de toutes les écoles, de tous les pays, opéraient leurs merveilles parce qu’ils connaissaient parfaitement les ondes impondérables – dans leurs effets – mais parfaitement tangibles de la lumière astrale. Ils en dirigeaient les courants et les guidaient par leur force de volonté. Les prodiges étaient de nature à la fois physique et psychologique ; ceux-là étant des effets sur des objets matériels, ceux-ci étant les phénomènes mentaux de Mesurer et ses successeurs. Cette dernière classe est, de nos jours, représentée par deux hommes illustres : Du Potet et Regazzoni dont les pouvoirs merveilleux ont été attestés en France et ailleurs. Le magnétisme est la branche la plus importante de la magie. Ses phénomènes sont les effets de l’agent universel sous-jacent à toute magie et qui, à toutes les époques, a produit les prétendus miracles.
Les anciens le nommaient Chaos, Platon et les Pythagoriciens l’appelaient l’Ame du Monde. D’après les Hindous, la Divinité, sous forme d’Ether, pénètre toutes choses. C’est le Fluide invisible mais tangible, comme nous l’avons déjà dit. Parmi les autres noms de ce Protée universel que de Mirville, par dérision, croit devoir appeler « le nuageux Tout Puissant », nous trouvons ceux de « feu vivant (235) » que lui attribuent les théurgistes, « Esprit de lumière » et de Magnès. Ce dernier mot indique ses propriétés magnétiques et montre sa nature magique. Car, ainsi que le dit, avec raison, un de ses détracteurs μάγος et μάγνης, sont deux branches issues du même tronc et produisant les mêmes effets.
Magnétisme est un mot pour l’origine duquel il faut remonter à une époque incroyablement ancienne. La pierre dite d’aimant tirerait son nom, au dire de bien des gens, de Magnésia, ville de Thessalie, aux environs de laquelle on trouverait ces pierres en quantité. Nous croyons cependant que l’opinion des Hermétistes est la bonne. Le mot Mag, Magus est dérivé du mot sanscrit Mahaji, le grand, le sage (l’oint de la sagesse divine). « Eumolpus est le fondateur mythique des Eumolpides (prêtres) qui faisaient remonter leur sagesse à l’Intelligence Divine (236) ». Les diverses cosmogonies montrent que l’Ame Universelle Archaïque était considérée par tous les peuples, comme le « mental » du Démiurge Créateur, la Sophia des gnostiques ou le Saint-Esprit, en tant que principe femelle. Comme les Mages tiraient de là leur nom, la pierre magnésienne ou Magnès (aimant) fut ainsi nommée en leur honneur, car ils furent les premiers à en découvrir les propriétés. Leurs temples étaient disséminés partout dans le pays et, dans le nombre, il y avait des temples d’Hercule (237). Il en résulta que lorsqu’on sut que les prêtres se servaient de cette pierre pour des fins guérisseuses et magiques, on lui donna le nom de pierre de magnésie ou d’Hercule. Socrate, qui en parle, dit : « Euripide l’appelle pierre de Magnésie. Mais le peuple la nomme Héracléenne (238) ». C’est le pays et la pierre qui reçurent leur nom des Mages et non point les Mages qui furent nommés d’après le premier ou la seconde. Pline nous apprend que, chez les Romains, l’anneau nuptial était magnétisé par les prêtres avant la cérémonie. Les anciens historiens païens avaient soin de garder le silence sur certains Mystères des « sages » (Magi) et Pausanias dit qu’il fut averti dans un songe de ne pas révéler les rites sacrés du temple de Déméter et Perséphone à Athènes (239).
La science moderne, après avoir vainement nié le magnétisme animal, s’est vue forcée de l’accepter comme un fait. C’est, maintenant, reconnu comme une propriété de l’organisme humain et animal ; quant à son influence psychologique et occulte, les Académies luttent contre elle, à notre époque, avec plus d’acharnement que jamais. II faut d’autant plus le regretter et s’en étonner que les représentants des « sciences exactes » ne peuvent nous expliquer la mystérieuse et indiscutable puissance contenue dans un simple aimant, et ne nous offrent même pas un semblant d’hypothèse raisonnable. Nous commençons à trouver des preuves quotidiennes montrant que cette force était la base des mystères théurgiques ; peut-être pourrait-on, expliquer ainsi les facultés occultes des thaumaturges anciens et modernes de même qu’un grand nombre de leurs exploits les plus étonnants. Tels furent les dons transmis par Jésus à quelques-uns de ses disciples. Lorsqu’il opérait ses guérisons miraculeuses, le Nazaréen sentait qu’un pouvoir émanait de lui. Socrate, dans son dialogue avec Théagès (240) lui parle de son dieu familier (son démon), et du pouvoir qu’il avait de communiquer sa sagesse (celle de Socrate) à ses disciples ou d’empêcher les personnes avec lesquelles il frayait d’en profiter. À l’appui de ses paroles, Socrate cite l’exemple suivant : « Je vous dirai, Socrate (c’est Aristide qui parle) une chose incroyable. Mais, par les dieux ! Elle est vraie. J’ai eu grand profit à te fréquenter même si je n’habitais que la même maison sans être dans la même chambre. Le bénéfice était bien plus grand quand nous étions dans la même chambre… surtout lorsque je te regardais… Mais où le profit était le plus grand, c’est quand j’étais assis près de toi et te touchais. »
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